Interview avec Amara (06/03/06)

Snoop b2d : Salut Amara et bienvenue sur Bounce2Dis, 1 an après notre première interview pour la sortie de ton maxi « J’me présente », te voilà de retour dans les bacs avec l’album « Portrait Craché », que s’est-il passé pendant cette année ?
Salut Snoop. Depuis ce maxi j’ai beaucoup bossé pour terminer cet album, et pour le peaufiner au maximum pour ne rien avoir à en regretter. Aussi j’ai fait beaucoup de scènes bien sûr, et puis surtout un gros travail pour que cet album sorte dans de bonnes conditions. Tu sais ce que c’est d’être indé, alors on a mit les bouchées triples pour qu’un max de gens soit au courant de la sortie de mon disque (d’ailleurs, merci de votre soutien). Et aujourd’hui ça y est, il est dans les bacs.
Snoop b2d : Tu abordes beaucoup de thèmes différents sur cet album, si tu es op j’aimerais que tu nous parles en détails de quelques titres extraits de l’album, on peut commencer avec « Dans ce monde » qui était déjà présent sur ton dernier maxi. C’était important pour toi de le retrouver de nouveau sur l’album ? Dans quelles circonstances as-tu écris ce titre ?
Là où certains te diront que le monde va mal à cause des OGM ou la mondialisation, moi je vais plutôt te dire que c’est la merde à cause de la fin d’NTM et de la montée du FN en France. Ça te donne un aperçu de mon état d’esprit sur ce qui m’entoure, avec un angle qui n’appartient qu’à moi, et finalement à plus de gens que j’aurais pu le croire. C’est le genre de sujet inévitable pour que le public puisse cerner ton univers, et le regard que tu as sur le monde.
Snoop b2d : Y’a une phase assez marrante et très juste dans ce titre « Si t’as pas l’morceau pour Skyrock, serre ton chapelet. Si t’as pas l’budget pour NY, passe à Châtelet ! », elle t’es venue comment ?
Concernant Skyrock, c’est plus une phase pour certains rappeurs que pour la radio. « Arrêtez de laissez qui que ce soit vous tenir par les couilles. Le rap ce n’est pas les médias, le rap c’est les rappeurs. » De plus en plus de disques indés montrent que le bon rap et surtout le travail, font qu’un disque peut être entendu, apprécié et vendu au même titres que certaines soupes. Mais chacun a son échelle bien sûr. Pour ce qui est de Châtelet, il faut y mettre les pieds pour comprendre.
Snoop b2d : Sur « Quartiers Sous Pression » on retrouve Salif (Nysay) en featuring, comment s’est fait la connexion ?
A Paname les rappeurs se croisent tout le temps aux mêmes endroits. Moi j’ai toujours kiffé ce que ce mec fait, alors quand je l’ai vu, je lui ai simplement demandé en lui faisant écouter ce que je fais. Il a répondu présent. Pas de chichi, c’est « que » la music qui a parlé.
Snoop b2d : Avec un morceau comme « Op » on ressent vraiment ton évolution depuis tes premiers sons, c’est d’ailleurs un des titres que j’ai préféré sur l’album, si tu sais nous parler de ce titre… La prod est véner en tout cas !
Le but c’est de toujours évoluer. J’ai réussi à rester moi-même sur des ambiances de plus en plus variées. « OP » c’est un morceau pour s’éclater, le genre de sons qui doit t’obligé à choper un torticolis. C’est aussi une sorte de contre-pieds à l’image que les rappeurs veulent trop souvent se donner, toujours véners, toujours sous tension etc… Moi je m’amuse mec !
Snoop b2d : Sur « 20 Ans au Chômage », tu as réussi à retranscrire un mal-être social dans lequel beaucoup vont sûrement se retrouver, c’est un thème qui te tient à cœur ? Comment vois-tu les choses évoluer dans les années à venir ?
Malheureusement je crois que le chômage devient en France le fléau de notre jeunesse. Le fait de n’avoir rien de stable pousse les plus excédés à se trouver d’autres moyens de subsister, et pas toujours les plus honorables. Et vu les solutions qui sont proposées (le CPE et le fait qu’on recule l’âge possible pour travailler à 14 ans), je crois que le problème est loin d’être réglé, …très loin.
Snoop b2d : Princess Aniès est présente pour le refrain, je sais qu’elle a beaucoup participé à l’élaboration de cet album, quel était son rôle exactement ? (On lui passe au passage un gros big up si elle nous lit, on attend le nouvel album !)
Elle est présente à tous les niveaux, de la recherche des thèmes aux conseils sur l’écriture. Dans notre manière de taffer, y’a pas eu de hiérarchie ou de poste bien défini, on se soutien au maximum tout le temps. BIG UP A LA PRINCESS.
Ps : elle sort son street cd, une sorte de best of avec des inédits le 25 avril (c’est une exclu que je te donne là !!!).
Snoop b2d : Tu as d’autres projets en vue avec elle ? Est-ce qu’on te retrouvera également sur son nouvel album ?
Elle est en plein sur son album en ce moment. Ça bosse dur, et je vous garanti qu’il y a plein de gens qui vont être surpris, dans le bon sens du terme. « Elle vient reprendre la couronne. » J’espère qu’elle m’invitera. « T’entends Anies ? J’peux poser sur ton skeud STP ? »
Snoop b2d : Le morceau « Qu’est-ce que tu veux prouver » fait plaisir à entendre, tu crois qu’il fera prendre conscience à certains jeunes qu’ils ne sont pas sur le bon chemin ? Bravo de l’avoir fait en tout cas même si c’est à contresens de ce qu’on peut généralement entendre dans le rap français en ce moment…
Je ne sais pas si le message sera entendu vu l’époque que l’on vit, et tous les autres messages qui sont diffusés par beaucoup de rappeurs. Mais je pense tout simplement qu’il est bon parfois que certaines personnes prennent leurs responsabilités en disant la pure « vérité ». J’ai des petits frères, des petits frères de mes potes, et une jeunesse en générale qui écoutent et s’inspire de gens comme nous, car on leur ressemble. On est comme eux, mais avec plus d’expérience. Il faut leur dire les choses pour pas qu’ils ne fassent les conneries qu’on a faites. Ce n’est pas ce que je leur souhaite.
Snoop b2d : Dans les titres étonnants il y a aussi « Silence, elle tourne » avec Princess Aniès, vous avez fait très fort Aniès et toi ! Pas trop dur de rapper sur ce thème et de te mettre dans la peau du violeur ? Comment s’est déroulée la construction du titre ?
Il faut heurter un peu l’esprit des gens, du public et des rappeurs si on veut obtenir des réactions. Et c’est ce qu’on a cherché à faire avec Anies. Tout y est, le fait que je rap avec une meuf, le fait de parler des filles, et surtout de parler d’un thème tabous : le viol collectif. Il n’est pas question de porter de jugement dans ce morceau, juste montrer la stupidité de l’acte en faisant une mise en scène. Et il n’est pas question non plus de faire croire que ce genre d’évènement ne se passe tous les jours qu’en cités.
J’avoue que bizarrement, ce son sort tellement du contexte des morceaux actuels qu’au contraire, j’ai kiffé aborder ce sujet et faire une sorte de jeu de rôle avec ma grande pote.
Snoop b2d : On continue dans les poids lourds de ton album avec « J’aurai du être là », où enfin tu te livres un peu plus (même si le thème peut toucher tout le monde). Tu as eu du mal à l’écrire ou tu y pensais depuis longtemps ? A l’écoute c’est un peu étonnant la première fois car ça change complètement de l’Amara qu’on connaissait ! J’espère qu’on retrouvera d’autres titres dans le même genre sur tes futurs projets car je trouve que tu as réussi à faire passer des émotions fortes via ce titre…
J’ai eu du mal à écrire ce texte mais ça m’a fait du bien. Je parle d’actes que j’ai fait (ou que j’aurais dû faire) par rapport à des gens qui sont les plus important dans ma vie, et qui ont entrainés des conséquences irréversibles que je ne cesserais de regretter. J’aurais pu encore aller plus loin, mais déjà un bon début de thérapie. C’était le pas à franchir qui me manquait jusque là. Maintenant que je sais que j’arrive à en parler, je pense que je renouvèlerais l’expérience. Et puis quelque soit l’expérience de chacun, je pense que tout ce qui est sincère et profond peut toucher les gens, et leur apprend à mieux te connaître. C’est une facette de moi que j’ai envie de mettre à nu aujourd’hui.
Snoop b2d : Avec « Les yeux dans les bleus » tu abordes une nouvelle fois un problème de société de façon originale, pour ce genre de morceau comment se passe l’écriture ? Tout vient d’un coup où tu t’es vraiment pris la tête pour la construction ?
Tu sais, beaucoup de jeunes en France ne se reconnaissent pas dans la mentalité ambiante, car justement celle-ci à du mal à reconnaitre que ce pays est fait de diverses cultures. C’est la cause d’un tas de discriminations en tous genre, et c’est tellement ancré dans le cerveau de la « vieille France » que je pense que ce n’est pas notre génération qui verra une société considérer ce pays d’une manière plus réaliste. Ce morceau parle de ma double culture (africaine et française) dans laquelle 40% de la jeunesse se retrouve. C’est une chose que je vis tellement au quotidien que c’est naturel de l’écrire, je n’ai pas eut à me forcer, juste rester moi-même et voilà.
Snoop b2d : « On Jette Pas L’éponge » redonne un peu de pêche à l’album, comment s’est fait la connexion avec « Mecs d’en bas » ?
C’est des gars que je connais depuis très longtemps. On peut dire que c’est la famille. Ils ont un disque sur le feu, guettez leur blaze.
Snoop b2d : On termine l’album avec le morceau « Portrait Craché » qui résume assez bien l’album et ton univers non ?
C’est une sorte d’aveux sur la manière dont je vois ma vie avec la musique qui prend une très grande place. Je vis un quotidien très stressant, rien n’est stable, le succès ou la descente aux enfers ne tient à pas grand-chose, et tout peu basculer du jour au lendemain. Je me remets chaque jour en question, et très souvent je me demande si j’ai fait le bon choix. C’est dur quoi, faut être fort dans sa tête pour continuer à dépenser toute son énergie la dedans.
Snoop b2d : Aux niveaux des productions, tu as fait appel à qui ?
Enock : On a commencé ensemble. C’est mon double mais à la prod.
Twinz : Hey Snoop, le son que tu kiffe « OP », c’est eux.
Seckri : Il a un délire bien cainri et bien lourd, ça tue.
Doltz & Reego : Bon esprit, et au final un très beau morceaux dont je suis fier « 20 ans au chômage »
Dr Swing : Le gars le plus pro que j’ai vu, un peu fou, un artiste quoi ! Bourré de talent.
L’Agence : Rencontrés sur la fin de l’album. J’ai failli rater leurs prods.
Slyte : C’est avec son instru que l’album a démarré « J’me présente, moi c’est Amara ».
Snoop b2d : L’album est bien dispo en Belgique et Suisse, c’est important pour toi de ne pas oublier ton public « francophone » ?
Pour moi c’est tout à fait normal et indispensable. Par rapport à mes morceaux, quand je te parle du public, ce n’est pas que de Paris ou Marseille, je te parle de tout le public rap, ceux qui peuvent me comprendre. Donc c’est tout à fait normal de mettre mes disques à dispo de tout le public francophone, je ne veux négliger personne.
Snoop b2d : Et pour la France, comment ça s’passe avec l’album, tu as déjà eu beaucoup de retours ?
Les critiques sont très encourageantes. Je commence à prendre conscience que mon album peut toucher un très large public car des messages de soutien me viennent autant de gens du milieu que de personnes qui n’écoutent pas forcément de rap, et ça me flatte beaucoup. Je vais encore continuer à bosser comme un dingue pour que cet album vive le plus longtemps possible.
Snoop b2d : J’ai quelques questions de la part de nos internautes, si tu veux bien jouer le jeu on commence avec Ludo974 qui aimerait savoir ce que tu écoutes et apprécie en ce moment niveau rap français et ce que tu penses de la nouvelle scène rap en France ?
C’est simple, y’a de plus en plus de bons rappeurs, mais de moins en moins de bons albums. Quelque soit la tendance, le niveau est de plus en plus élevé, et les rappeurs se structurent de mieux en mieux. Je crois que ça manque juste un peu de vérité et de sincérité. Mais quand les MC commenceront à être plus eux-mêmes, on arrivera à des morceaux de dingue. Avec la génération qui arrive, je pense qu’on a de nombreux classiques en perspective. Sinon j’écoute tout ce qui se fait en rap français, et quasiment que du rap français (je sais c’est rare aujourd’hui).
Question d’@l’Te$h : Sur combien de temps s’est étendu la conception de l’album ?
A peu près un an. Tout d’abord pour la conception pure de l’album (prods, textes, enregistrement …), et puis surtout beaucoup de travail pour sortir dans de bonnes conditions. On ne sort pas un album comme ça. Il faut réaliser une promo (radios, magazines…), travailler son image (clips vidéo …), trouver les bons partenaires (distrib, label …) et tout un tas d’éléments qui ne sont pas à prendre à la légère. Sortir un disque c’est faire de la musique, mais c’est aussi beaucoup de travail et d’investissement, il ne faut pas l’oublier.
Quelques questions d’Antifootix : Si il y a un 2ème tour « Sarkozy/Le Pen », vas-tu voter ? Si oui, pour qui ?
Tu m’as posé une colle pas possible. Je ne sais même pas quoi répondre. Et le pire c’est que ce cas de figure est très probable. Mais en tout cas, l’un où l’autre peu importe, le pays risque bien de bruler.
Est-ce que ça te dérange que des mc’s racontent des histoires aux gens ?
Bien sûr que ça me dérange, car comme je le disais dans une question précédente, les jeunes qui nous écoutent s’inspirent parfois de nous car on est comme eux, on vit les mêmes choses et souvent, on vient des mêmes endroits. Mais il y a une chose qui est vraie, c’est que le public est de moins en moins un « mouton ». Il sait mieux faire la part des choses entre la musique et la réalité. Mais c’est pas encore une généralité, alors faites gaffe à ce que vous écrivez les gars, parce que parfois ça peut même se retourner contre vous, et ce jour là, faudra l’assumer.
Pour toi vaut-il mieux être bon et menteur que mauvais et sincère ?
Ça dépend si tu veux faire de la music ou du commerce. Chacun son truc, je ne critique personne. Mais dans tous les cas il faut être bon, sinon va retaffer tes lyrics. Aujourd’hui le rap ce n’est plus un jeu, faut être à la hauteur. Tout le monde ne peut pas se permettre de faire de bons morceaux, et c’est tan mieux.
La dernière d’Antifootix : Vendre des Street Wear à des prix que « la Street » ne peut se permettre d’acheter n’est-ce pas contradictoire ?
Tu sais, à l’heure d’aujourd’hui la Street ce n’est qu’un fond de commerce. Le ghetto c’est vendeur, et ça commence même à devenir fashion de dire « je suis un gars de la street ». A force d’en faire l’apologie, fallait bien que quelqu’un essaie d’en tirer profit, c’est toujours comme ça, on y peut rien.
Snoop b2d : Ton site web est enfin ouvert depuis quelques jours (www.amaralesite.com), on peut écouter l’album en entier ou encore voir tes nouveaux clips… Y’a aussi un skyblog officiel c’est bien ça ?
A la base je ne suis pas trop internet (ou plutôt pas du tout) mais c’est un moyen hyper utile et facile de se connecter, de communiquer avec un tas de monde. Ya plus de frontières quoi ! « C’est beau la technologie hein ? ». Puis c’est de la music, et le but c’est qu’un maximum de personnes puisse l’entendre, alors pourquoi s’en priver ?
Le blog c’est : amaraofficiel.skyblog.com, c’est un pote qui est souvent avec moi qui le tient. J’y vais pour parler avec ceux qui y laissent des messages.
Snoop b2d : Tu as des dates de concerts/showcase à venir ?
10 Mars : Brétigny Sur Orge (Le Rack’am)
19 Mars : Paris (Le Batofar)
24 Mars : Bruxelles (Ancienne Belgique)
31 Mars Cléon (La Traverse)
08 Avril : Reze (La Barakason)
20 Avril : Bagneux (Festival Alliances Urbaines)
03 Mai : Rennes (Salle de la Cité)
06 Mai : Mée sur Seine (Le Chaudron)
07 Juin : Orly
Snoop b2d : Tu viendra nous voir en Belgique alors…
Ben déjà je serais là le 24 mars pour la 1ère partie du Saïan, à Bruxelles. Et puis ensuite si t’as des plans (ou même vous les internautes), va z’y balance, je débarque direct.
Snoop b2d : Merci Amara d’avoir répondu une nouvelle fois à mes questions, bravo pour ton album qu’on apprécie beaucoup sur Bounce2Dis ! Je te laisse le mot de la fin pour des dédicaces ou autres… Peace
Merci à toute ton équipe, longue vie au rap français (vu ce qui arrive je me fais pas de soucis). A+