Interview avec Dreyf (02/07/05)

dreyf

- Snoop b2d: Salut Dreyf et bienvenue sur Bounce2Dis.com, pour commencer l’interview peux-tu te présenter en quelques mots ?

- Salut Snoop déjà, et merci d’avoir mi en place cette interview. Moi c’est Dreyf, rappeur solo, anciennement membre du collectif Les HALLS (excusez nous on était jeune héhé). Je rappe depuis environs 99 et je sors aujourd’hui mon premier projet en 2005, en co-production avec la structure indé Utopie MusiQ, tenue par Félix. Ce projet s’intitule « Son d’Automne », il s’agît d’un EP 7 titres.

- B2D: Comment et pourquoi as-tu choisi ce blaze Dreyfuss/Dreyf ?

- Pour plusieurs raisons. Déjà, Pour toutes les connotations que ce blase implique : l’injustice juridique, le racisme (et non pas que l’antisémitisme, qui n’est autre qu’une énième forme de xénophobie), les complots politiques, mais aussi la révolte du peuple… l’histoire du capitaine Dreyfuss véhicule plein de thèmes forts, qui me touchent beaucoup. Ce n’est pas le seul, mais c’est celui dont je me sentais le plus proche à l’époque ou je me suis mi sérieusement à rapper. Ensuite j’ai raccourcis Dreyfuss à Dreyf, pour la simple et bonne raison qu’avec le temps, ça me gênait de porter le nom de quelqu’un d’autre, un être humain comme moi. Donc Dreyf… Ce n’est pas exactement Dreyfus, mais la connotation est toujours là. Après y’avait aussi cette volonté de mettre un peu en avant le fait d’être de confession juive, ou du moins d’avoir des origines hébraïques de par ma mère, pas par provocation, mais je savais que ça allait forcément interpeller les gens et ça me faisait marrer. Cependant je ne fais aucunement du Rap communautaire et je ne suis pas quelqu’un de religieux, ce n’est pas du tout mon leitmotiv ni dans la vie, ni dans la musique. Seulement mes racines hébraïques, ma culture juive, tout ça, ça fait partie intégrante de moi et ça va forcément se retrouver dans ma musique à partir du moment où tu conçois que ton discours doit être sincère et te refléter à cent pour cent.

- B2D: Au tout début qu’est ce qui t’as motivé à rapper, tu étais plus attiré vers l’écriture ou la performance technique ?

- J’écoutais des trucs qui me retournaient le cerveau et je voulais faire pareil, comme tout le monde je pense… Au fil du temps j’ai commencé a gratter mes premiers textes qui se « voulaient » Rap. C’était vers fin 97 et c’était super nase, mais c’était sans prétention et y’a que les murs de ma chambre qui pourront m’en vouloir héhé. Y’a eu une période ou j’ai arrêté et comme j’ai dis précédemment je m’y suis remis en 1999. Bizarrement, même si j’ai toujours kiffer les performances de flow, la musicalité dans le Rap, sans vraiment décortiquer ni savoir pourquoi, j’ai davantage privilégié l’écriture à mes début. D’ailleurs ça se ressent sur le EP, qui est beaucoup plus axé sur l’écriture et les ambiances que sur une forme technique et super poussée. Donc ouais on peut dire que j’étais plus attiré vers l’écriture. Maintenant je prends plaisir à tenter d’allier les deux aspects autant qui m’est possible. Ecrire des bons textes bien construits qui parlent à des gens, sans négliger l’aspect ludique du Rap, c’est ce à quoi j’aspire aujourd’hui.

- B2D: Après des apparitions sur divers projets tu as sorti enfin ton premier projet solo « Son d’Automne », peux-tu revenir sur l’enregistrement de cet ep, comment ça s’est passé ?

- Il y’a sept titres sur le EP et tout a été enregistré dans un seul et même studio à Paris du côté de Strasbourg Saint Denis. J’ai voulu tout faire là bas parce qu’au-delà du fait que la qualité sonore me convient parfaitement, je me sentais très à l’aise avec l’ingénieur son, et j’enregistre d’ailleurs toujours là bas assez régulièrement. L’enregistrement s’est étalé sur plusieurs mois, voir presque un an. Pour plein de raisons mais principalement la distance entre moi et les producteurs conviés : seul Lartizan est parisien. Puis de mon côté j’ai retouché pas mal de choses dans les textes, je ne voulais rien bâcler. Ensuite le mixage a été confié à Phenovenom, pareil ça s’est étalé sur quelques mois. Bref ce fut long est fastidieux mais c’était une excellente expérience et le fait d’avoir tout fait moi-même ça m’a beaucoup appris et c’est le principal.

- B2D: Y’a eu quelques galères de distributions, maintenant le disque est bien dispo dans les bacs ?

- Oui et non. Pour résumer, Félix voulait sortir trois projets en même temps. Une double compilation, le maxi du groupe BR-Crew et mon EP. Du coup, on a tout démarché dans ce sens, la promo et donc la distribution. On s’était senti chanceux quand la première distrib qu’on a démarché nous a tout de suite prit, mais c’était pour se rendre compte qu’elle prenait en charge la quasi-totalité du Rap français indépendant et que si tu fais parti des moins connus ton projet ne sera pas défendu comme il se doit, parce qu’ils doivent gérer trop de sorties. Je comprend parfaitement la logique je ne suis pas naïf, mais ça ne m’intéresse pas d’être mi en second plan. Au final, en ce qui me concerne j’ai cassé le contrat avec ce premier distributeur. Donc le CD a été dans les bacs pendant un mois et il a été retiré fin Juin. Du coup le CD ressortira via un autre distributeur en Septembre, plus ou moins à la même date que l’album de Less Du Neuf. Il est cependant toujours disponible en magasins spécialisés et via Internet. Parcours du combattant…

- B2D: Sur les 7 titres, lequel es-tu le plus fier du résultat ?

- Je dirais « Des Ménages ». C’est le premier titre que j’ai enregistré et c’est celui où il s’est passé ce truc magique, quand tout s’emboîte nickel et que ta séance studio est torchée en moins d’une heure. En gros c’est le seul titre que je ne retoucherais pas aujourd’hui. Voilà c’est ça en fait, les sept me tiennent à cœur pareil, mais sur tous je retoucherais des petits détails, ce qui n’est pas le cas avec « Des Ménages » et c’est pour ça que j’en suis assez fier.

- B2D: Quels sont les différents producteurs de ton projet et pourquoi avoir fait appel à eux ?

- Ils sont quatre : Defré Baccara, K-Tharsis, CHI et Lartizan. Ma réponse va être super classique, j’ai fais appel à eux parce que j’apprécie beaucoup leur musique, je trouve qu’ils font partie des producteurs les plus talentueux en France, et j’ai eu la chance de les avoir comme potes avant même de bosser avec eux. De plus ils avaient tous vraiment envie de bosser avec moi pour ce projet et c’était d’autant plus motivant. D’ailleurs si y’a bien un truc que je ne regrette pas pour cet EP c’est bien les instrus et l’artwork de Omen Graphizm. Je suis un peu plus dur avec ma partie du boulot mais c’est normal, il manquerait plus que je me repose sur mes lauriers !

- B2D: Et pour les invités ?

- Viny c’est « la famille » comme on dit. Il faisait partie des HALLS et je rappe avec lui depuis 2001. Après ce n’est aucunement un featuring copinage, je suis très sensible à ce qu’il fait et je trouve qu’il apporte une bonne touche au morceau « Sous Le Chemin D’l’école ». Il commence à bosser sur son EP solo et m’a demandé de le réaliser, on va essayer de faire ça bien. Rash c’est un coup de cœur que j’ai eu. On a un pote en commun qui nous a présenté, on s’est tout de suite super bien entendu et on a eu envi de bosser ensemble. Pareil, il apporte sa touche au morceau « Exil Temporaire ». Il planche sur un album et pour les curieux vous pourrez l’entendre sur l’album de Lino qui sort en Septembre. Nga Fsh ce n’était pas prévu du tout à la base. En fait, je suis super fan de ce qu’il fait, j’ai découvert y’a pas si longtemps que ça, environs un an, et son flow me tue à chaque fois. La connexion s’est faite par un pote qui le connaît un peu. Je lui ai envoyé mes morceaux, il a accroché et était partant pour poser sur le EP. Il ne m’a rien demandé en retour si ce n’est un peu de temps pour bosser ça et a grave joué le jeu. Je suis super content du morceau au final, d’autant plus que le beat de CHI démonte.

- B2D: On ressent un vrai travail d’écriture en écoutant tes morceaux, c’est important pour toi de ne pas raconter n’importe quoi ?

- Ouais c’est important pour moi de ne pas raconter n’importe quoi, mais j’essai de me décoincer un peu là. J’ai pas du tout envie qu’on m’enferme dans la boite « ok, lui il fait du Rap conscient qui fronce les sourcils », ça m’intéresse pas. Et en France les gens font beaucoup ça, ils sont super complexés donc ils ont besoin de tout cataloguer afin d’avoir des repaires. Ce n’est pas comme ça que je conçois la musique. Mais ça dépend aussi ce que t’appel « n’importe quoi ». Tu peux parler de trucs légers en apparence tout en écrivant très bien. Nakk est un bon exemple à ce niveau là, il a une plume et un flow et il arrive a parler d’à peu prêt tout, du sida jusqu’au gens dans le métro, je trouve ça fort. Je dirais même que pour moi les plus grands rappeurs français, ou du moins ceux que j’apprécie le plus, savent tous faire aussi bien dans le sérieux que le second degré. La polyvalence c’est ce qui fait la marque des grands pour moi. Mais c’est vrai que les ego trips à la françaises me parlent rarement et je me vois très mal en faire un jour, si ce n’est pour délirer en freestyle.

- B2D: Ton album est donc sorti sous la structure Utopie Musiq, depuis quand as-tu rejoint le label et comment s’est fait la connexion ?

- Je n’ai pas vraiment rejoins le label, le EP est en co-production chez Utopie. Officiellement, Br-Crew est signé chez Utopie MusiQ en tant qu’artistes, moi je suis juste pote avec Félix et on a eu envi de bosser ensemble au moment où il a fallu sortir le disque. C’est pas dis que ce sera le cas pour mes futurs projets même si on sera toujours là pour s’entraider mutuellement. Mais les prochaines sorties Utopie MusiQ c’est clairement pas Dreyf et ses projets tout chelou héhé.

- B2D: Y’a un clip de prévu extrait de « Son d’Automne » ?

- Oui, avec Félix on a tous les deux une formation de cadreur/monteur et on va s’en occuper nous même. Le premier morceau clipé sera « Quand J’m’évade », ça arrivera en septembre. Le second sera « Lacérations » et ça prendra plus la forme d’un court-métrage qu’un clip, le morceau en sera le bande son.

- B2D: Les premiers retours des médias et du public par rapport à Son d’Automne, ça donne quoi ?

- Super positif et ce malgré tous les problèmes de mise en bacs, j’en attendais pas tant. Les gens ont été assez réceptifs au disque, avec ses forces et ses faiblesses, mais vraiment je suis agréablement surpris. Ce qui m’a touché c’est que la majorité des gens ont ressenti le travail effectué derrière et ont eu envi d’en parler même si c’est pas l’album qu’ils écoutent en boucle en longueur de journée. Mais on va relancer la promo d’ici septembre, pour relancer un peu la sauce, pour avoir encore un maximum de retours et d’échange avec les gens, c’est vraiment l’aspect le plus intéressent dans tout ce bordel médiatique.

- B2D: Quels sont tes prochains projets ?

- Un 20 titres, mais je ne le conçois pas comme un album, plus comme un « street CD » s’il faut mettre une étiquette, avec que des inédits. On planche dessus actuellement, on prévoit 20 titres avec quelques featurings, des mecs dont j’apprécie le Rap. Les producteurs seront plus ou moins les même que pour « Son d’Automne », en ajoutant Karl Colson qui assure la bonne majorité des sons, ainsi que Kamï Metta. Et comme je suis mono maniaque, ce projet va s’appeler « D’Hiver ». En parallèle je prépare avec un pote un dix titres concept qui tournera autour de l’univers des Manga qu’on a pu kiffer quand ont était marmots. Ça va s’appeler « Zone Dark » et ça sortira en édition limitée en format vynil.

- B2D: A quand ton site internet ?

- Quand le webmaster se bougera le cul pour le finir héhé. Non mais ça arrive, on veut faire un truc propre donc ça prend un peu de temps, mais ça arrive…

- B2D: J’pense qu’on a plus ou moins fait le tour concernant Son d’Automne, autre chose à rajouter ?

- Juste merci à ceux qui m’ont soutenu, les producteurs du EP, les MC’s qui m’ont épaulé, Omen Graphizm pour cette pochette qui tue, Félix bien entendu. Rien n’est passé inaperçu et je serais là pour tous ceux qui m’ont filé un coup de main.

- B2D: Quels sont tes influences musicales ?

- Tout ce que j’ai pu écouter et apprécier jusqu’à là.

- B2D: Tu es plutôt rap cainri ou rap français ?

- Les deux, j’aime autant certains trucs dans l’un que l’autre.

- B2D: Ton avis sur le rap français en 2005 ?

- Le Rap se porte très bien, c’est le « mouvement » qui pue. Beaucoup trop de chichi, de soit disant activistes qui ne savent même pas pourquoi ils sont là, des bifs à deux francs qui font plus pitié qu’autre chose. Tu met de côté tout ce qui est parallèle à la musique, et tu obtiens une scène qui se porte plutôt bien, y’a des très bons albums qui sortent tous les mois et ça se (re)décomplexe un peu.

- B2D: L’album ou le son du moment ?

- L’album « Urban Legend » de TI m’a scotché, je l’écoute une fois par jour depuis sa sortie. Le morceau « Chillin’ With My Bitch » est juste parfait.

- B2D: Tes passions en dehors du hip hop ?

- Je suis des études d’ingénieur son, le métier du son me passionne beaucoup au-delà du Rap. J’écris énormément sinon, des scénarios principalement. Sinon je vais au cinéma avec ma carte UGC.

- B2D: Les sujets d’actualités qui te touchent ?

- George Lucas a décidé de relancer Indiana Jones plutôt que Star Wars 7, 8 et 9, et je ne suis pas du tout d’accord. Je compte organiser un freestyle collectif avec la crème du Rap français sur un beat de Madizm afin de faire part de mon mécontentement.

- B2D: Merci d’avoir répondu à mes questions et bon courage pour la suite, j’te laisse le mot de la fin pour des dédicaces ou autre…

- Merci beaucoup à toi et tout ceux cités plus haut. Rendez-vous à la prochaine sortie.

Site: www.myspace.com/dreyfmc

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