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Interviews


Interview Sayd des Mureaux (03/12/05)

Cet article a été rédigé par Dj Peusnoo | publié le 22 novembre 2007 | 20h43
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Interview avec Sayd des Mureaux (03/12/05)

sayd

De plus en plus, les producteurs français tentent de s’affirmer face à la prédominance médiatique des rappeurs pour qui ils produisent. Si outre-Atlantique, on est presque parfois arrivé à un phénomène inverse, force est de constater qu’en France, en dépit des progrès effectués dans l’exposition des beatmakers, un effort reste encore à faire. Comme beaucoup de producteurs de sa génération, Sayd des Mureaux travaille d’arrache pieds à offrir un réel élan à la production, donnant à son travail une identité de plus en plus marquée. Avec Sayd des Mureaux Story Vol. 1, il nous rappelle son parcours, et à mesure que les titres passent, on découvre l’étendu de son travail, de son évolution et de ce à quoi on peut s’attendre de sa part pour les mois et les années à venir. Voici l’interview de ce producteur demandé, mais néanmoins consciencieux dans son boulot.

Sheeryu/Bounce2Dis : Salut Sayd ! Tout d’abord, merci de répondre aux questions de Bounce2Dis.com! Est-ce que tu peux te présenter en quelques mots ?

Sayd des Mureaux, compositeur/rappeur, venant du 78…

1ère Partie : les débuts aux Mureaux et dans la musique

Revenons tout d’abord sur tes débuts. Comme beaucoup, tu as très vite été intéressé par la danse puis le graffiti. En revanche, tu as débuté dans le son plutôt bien accompagné, aux cotés de personnes réputées comme Chimiste, producteur proche de La Cliqua, et Expression Direkt. Comment les as-tu rencontré ? Qu’est-ce que cela t’a apporté de bosser avec ces artistes ?

Chimiste je l’ai rencontré en 93, il était venu faire des atelier autour d’un spectacle de Hip-Hop aux Mureaux, moi j’étais rappeur sur ce projet et danseur. Puis ensuite, il m’a présenté aux gars de La Cliqua vers 92. Pour Expression Direkt, c’est vers 94. C’est un ami en commun à Kertra qui nous a présenté, de bonnes affinités se sont liées. Il aimait bien mon rap et j’ai commencé à bosser avec eux sur différents projets, je faisais quelques dates aussi. C’est Kertra qui s’occupait de moi, via la Kiss Production. En bossant avec j’ai appris énormément, comme le travail en studio, le travail de la scène, la promo, les choses à faire, et à ne pas faire, et Expression Direkt c’est le fer de lance du 78…

Tu as donc débuté en tant que rappeur. D’ailleurs tes premières apparitions discographiques ont été derrière un micro. Pourquoi avoir fait ce choix de mettre en avant ton rôle de producteur plus que de M.C. ? Qu’est-ce qui t’a amené à plus travailler sur tes beats finalement ? Tu penses avoir abandonner définitivement ta casquette d’M.C. ?

Et bien ce qui m’a amené dans la production, c’était plus par nécessité. Quand je rappais j’avais du mal a trouver des sons, même si je connaissais des producteurs, mais ils étaient occupés par leur propre groupe. Donc j’ai racheté le matos d’un pote, et je me suis mis à composer mes propres sons pour que je rappes dessus. Le choix qui m’a amené à mettre en avant mon rôle de compositeur c’est une actualité de projets. Et aussi, il y a beaucoup plus de chose qui ont été faite en tant que compositeur depuis 8 ans, que quand je faisais du rap. Mais le rap pour moi n’est pas fini, on va faire un retour à la Dr. Dre (rires).

À partir de quel moment as-tu considéré que tu pouvais essayer de bosser pour des artistes hors de ton cercle de proches, comme Sat, le 3è Œil ou Kery James ?

A partir du moment où les affinités avec eux se sont liées, et ayant la même vision artistique. Après ça s’est fait très naturellement…

Tu as grandi aux Mureaux, ce qui semble être important pour toi, puisque tu le portes dans ton nom d’artiste. Qu’est-ce que ta vie aux Mureaux t’a apporté d’un point de vue artistique ? La ville est ses habitants sont-ils une source d’inspiration pour toi ?

C’est clair que la configuration de cette ville m’a apporté beaucoup, dans ma vie en général. Je suis fils d’ouvrier de Renault, où travailler dur est un maître mot, où il faut sans cesse se débrouiller tout seul pour arriver à ses objectifs, et ne pas attendre des aides, par exemple de la mairie, car tu peux attendre longtemps ; où le mot « ghetto » est la bonne définition de cette ville : c’est une ville ou plusieurs cultures se mêlent et plusieurs origines (marocaine, algérienne, tunisiennes, malienne, sénégalaise, portugaise, yougoslave, etc.), et tout ça m’inspire beaucoup pour scénariser mes musiques.

2ème partie : le travail de création

Dans une interview pour Groove en 2004, tu affirmais que tu attachais une grande importance à créer de vrais liens avec les artistes, pour créer des univers proches de leur identité. Peux-tu expliquer comment se passe ce travail de création avec l’artiste ? Est-ce qu’un artiste en particulier t’a plus inspiré, dans sa manière de penser, de rapper, ou dans sa personne même ?

Je trouve ça important de rencontrer les artistes pour voir un peu leur état d’esprit, leur inspiration artistique, de faire un vrai échange artiste, pour arriver à une fusion entre ma musique et leur interprétation Il y a Rohff qui particulièrement inspiré, aussi Sat de la FF, aussi Kery James, c’est des artistes très pointilleux, très travailleurs, et très ouverts. J’ai bien aimé aussi bosser avec Diam’s et 3eme œil, Relic aussi…

Même si tu tentes de coller à l’identité de chaque artiste, on sent chez toi une certaine constante dans tes productions, avec une importance donnée à des atmosphères mélodieuses, parfois tendues et froides, souvent émouvantes, d’autres fois plus détendues, qu’elles soient samplées ou jouées. Tu penses avoir réussi à trouver ton identité sonore au milieu de tes différentes influences ?

Oui justement, je pense que j’ai commencé à trouver mon grain, mon identité musical, et j’essaye de m’y attacher. J’ai mis du temps, et y suis arrivé je pense, parce que je me prends grave la tête sur ça, pour que ça sonne bien, et mélodieux.

Ce qui est assez remarquable, c’est cet effort que tu donnes à l’évolution de tes prods. Débutant par des intros très orchestrales, tu apportes à mesure que l’instru défile de nouveaux éléments à la boucle initiale, joués au synthé, un peu à la manière de Timbaland. De quoi est née cette exigence ?

Elle est née de mon passif de rappeur, de mes influences musicales, et le souci d’essayer de scénariser mes morceaux au mieux, pour les faire évoluer, comme ça dans l’écriture on peut aussi l’utiliser pour développer des vrais thèmes.

3ème partie : le projet Sayd des Mureaux Story Vol. 1

Parlons de ton projet à présent. Depuis octobre est disponible ton street album Sayd des Mureaux Story : Vol. 1. De plus en plus de producteurs français sortent des side projects de ce type. C’est une manière de vous présenter comme des artistes à part entière des rappeurs, avec votre identité, comme le statut qu’on déjà atteint les producteurs outre-Atlantique ?

C’est tout à fait ça, car justement en France je trouve qu’on ne met pas assez en avant les compositeurs. La faute à qui ? Je pense justement que le compositeur doit avoir autant de reconnaissance qu’un rappeur, parce que, comme eux, on se prend la tête, sur des nouvelles idées, des nouveaux concepts, sur un travail artistique. Donc après on va dire aussi que les labels, comme certains médias, ne communiquent pas autour d’eux. Trouve une double page dans un magazine sur un compositeur ! Ou même une couv’ ! On te met une petite rubrique dans un coin du mag. Et aussi t’as certains rappeurs qui mettent pas les compos en avant dans les morceaux via des big up, etc.

Le premier C.D. est une anthologie (mixée par D.J. Monir) de tes travaux jusqu’à maintenant. Tu peux nous parler un peu plus de ce D.J., et comment vous êtes arrivés à bosser ensemble pour ce projet ? De quelle manière vous vouliez aborder ce condensé de ton taf jusqu’à présent ?

Et bien D.J. Monir c’est un gars des Mureaux, qui a bossé à la radio de chez nous, 96.2 Vexin Val de Seine, et on se connaît depuis des années. Je lui ai laissé carte blanche pour la sélection. Y’avait juste une exigence de retracer mon histoire, en tant que rappeur, et compositeur.

En revanche, le second C.D. présente des inédits et remixs, dans sa première partie. Certains remixs sont intéressants, car tu retravailles des morceaux de R&B et de Raï. Les remixs des deux morceaux R&B (« Nos Différences » de L.S. et Menzo, et « Trop de Démêlés » de Jango Jack) ont des formes très américaines, avec une touche Dre, qui était déjà assez perceptible dans certaines de tes prods, sur celui de Jango, mais aussi une certaine influence sudiste sur celui de L.S. . Est-ce pour essayer quelque chose de nouveau, de manière récréative, ou doit-on s’attendre à ce genre de sons dans tes futurs travaux ?

Oui c’est juste pour le délire, pour dire « on va faire un truc à Lil Jon », et que c’est faisable. Mais je le fais qu’une fois, je vais pas en faire une exploitation abusive, parce que ça sert à rien, et c’est pas mon truc.

Ce qui est d’autant plus surprenant, c’est le remix de la chanson « Arlech » de Khaled. Est-ce une manière de rendre hommage à cette musique que de tenter de lui donner un autre souffle ? Pareillement que pour les morceaux R&B, c’est quelque chose que tu comptes développer à l’avenir (voir peut-être travailler directement avec des artistes Raï)?

Oui, quelque part. Je suis d’origine marocaine, donc j’ai été baigné dans la musique orientale, et j’en écoute toujours. J’écoute aussi d’autres styles de musique, je suis ouvert, et c’est très important de s’enrichir musicalement. Pour moi, si quelqu’un veut du Sayd des Mureaux, mais exclusivement du Sayd des Mureaux, qu’il fasse de la R&B, du Raï, ou d’autres styles, y’a pas de problème.

Enfin, la seconde partie du deuxième C.D. est composée de plusieurs de tes instrus, qui offrent un panorama assez large de ta couleur de son, de tes ambiances et de tes influences. Pourquoi avoir ajouter ces instrus seules, en complément du mix dans lequel on peut déjà découvrir ton travail ?

C’était pour les mettre à disposition pour les jeunes rappeurs, les D.J.’s, les radios (comme musique de fond). Et aussi comme on ne les trouvait pas en face B sur des maxis…

4ème partie : les projets et travaux à venir

Le nouvel album de Rohff vient de sortir. Sur la « Fierté des Nôtres », tu avais eu une place importante dans la réalisation. Qu’en est-il pour cet album ?

Là j’ai fait 3 prods. Il a pris pas mal de prods de cainris, et c’est dur de rivaliser avec eux.

Plus généralement, sur quels albums vas-tu collaborer pour cette fin d’année et l’année 2006 ?

Il y a donc tout naturellement l’album de Rohff. Il y a aussi l’album de Mic Fury, l’album de Larsen. En 2006, il y aura aussi le volume 2 de Sayd des Mureaux Story. Il y aura l’album de Ikbal Vokal, Al’1 De L’Ombre, et puis plein d’autres encore qui sont à confirmer.

Dans tes futurs projets, il y’a aussi celui d’un album d’R&B hardcore. Quelques mots à ce sujet ?

R&B Hardcore, ça va être un album concept, où on verra des chanteurs et chanteuses de R&B sur des sons durs ou mélancoliques, pour sortir des trucs mielleux ou « dance floorisants », faire des morceaux avec des vrais textes, et une vraie interprétation.

Enfin, est-ce qu’à long terme tu penses t’investir dans des projets de création de label ou ce genre de choses ?

Oui, j’espère peut être officialiser le label « Shab El Méricaine Music ».

5ème partie : Point de vue et goûts sur le Hip-Hop.

Quels sont les artistes incontournables du Hip-Hop d’après toi ?

En France, c’est tout naturellement IAM et NTM. Aux States, c’est des mecs comme Dre, Biggie, Tupac, Mobb Deep, Nas, Gangstarr.

L’album ou maxi qui tourne le plus en ce moment chez toi ?

L’album du G-Unit, de Lloyd Banks, de The Game, d’Eminem, le Chronique 2001, et de Mobb Deep.

Quel est ton avis sur l’état du rap français en cette fin 2005 ? En écoutes-tu toujours ?

J’écoute pas trop de Rap français. Ca représente 10 pour Cent de ce que j’écoute en Hip-Hop. Je trouve que le rap tourne un peux en rond, il y a des bons rappeurs, mais il manque quelque chose.

Merci en tout cas pour avoir consacrer un peu de temps pour cette interview. Si tu veux rajouter quelque chose en particulier pour terminer…

Allez à la Fnac, pour vous procurer « Sayd des Mureaux Story Vol. 1 ». Sinon, allez sur mon site il y’a plein de bons trucs à voir et à écouter : www.saydesmureaux.com



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