Interview Kiddam (28/10/04)
Interview avec Kiddam (28/10/04)

- Snoop b2d: Salut Kiddam, on a déjà parlé de toi plusieurs fois sur le site, notamment pour ton dernier titre « J’t'explique ». Pour commencer cette interview, peux-tu te présenter en quelques mots ?
- Kiddam, 24 ans, un maxi, deux albums, des compils et mixtapes au compteur, des concerts… Le parcours habituel. Fixé sur un discours réaliste, militant, car la tendance générale est à la fête, donc je leur laisse le créneau, ils font ça « si bien »…
- B2D: Comment as-tu commencé à rapper ?
- En fait j’ai commencé par écrire des textes, j’avais 15 ans… Et un an plus tard, vu que j’avais la tête dans le son, je me suis essayé à poser sur beat, et c’est parti comme ça tout simplement. Ensuite, à la recherche de plans scènes, de répets à droite, à gauche, de maquettes pour moi-même…
- B2D: Au début de ta carrière tu as fait les premières parties de Diam’s, Yesi, La Brigade, KDD ou encore d’Intouchable, que retiens-tu de ces premières scènes ?
- Ce que j’en ai retenu, c’est qu’en rencontrant d’autres artistes qui commençaient à se faire un nom à l’époque, j’ai pu me rendre compte qu’il n’y avait pas dans le rap ce coté « star », enfin aujourd’hui ça a changé… C’est surtout ça que j’ai en tête. Après pour la scène proprement dites, tu vois que certains sont bons sur disque, et sur scène ils viennent croquer mais s’en battent… Alors que toi tu luttes de tous les cotés. C’est pas le cas de tous, mais je trouve qu’il y a un grave problème scénique en France. Sinon, passer en première partie de ces groupes, c’est bien pour le cv musical, mais c’est tout, rien de plus.
- B2D: En 2000, tu a créé la structure « Concept Urbain », peux-tu nous en dire plus sur cette structure et ta fonction dedans ?
- Concept Urbain, c’est la structure sans laquelle tout ce qui est administratif et légal ne serait pas possible. C’est la plate-forme de fonctionnement. Ma fonction est complète dedans. Je gère l’ensemble, la totalité. Avant, les activités étaient diverses: ateliers d’écriture, de danse, photographie et expo, production musicale, concerts, presse… Aujourd’hui, les gens étant dispersés pour raisons professionnelles et personnelles, je suis seul et le tout est entièrement dédié à la musique et à sa promotion. Mais depuis peu je commence à m’entourer de quelques personnes pour bien gérer l’activité qui prend de l’ampleur.
- B2D: Tu as participé à beaucoup d’ateliers d’écriture en MJC, c’est important pour toi d’enseigner ton savoir aux plus jeunes ?
- Pour moi c’est important dans le sens où depuis la forte médiatisation du rap, tout le monde croit qu’il peut rapper. Là, en deux séances, un jeune voit direct si c’est son truc, et s’il connait vraiment les quelques règles de base. Evidemment, c’est un apprentissage en autodidacte comme ça a été le cas pour moi-même, mais on ne peut pas démarrer sans certains repères propre à la musique, à la mesure. C’est la base de l’enseignement. Ensuite c’était très libre pour les jeunes. L’encadrement était surtout du conseil, parfois une direction…
- B2D: « A deux doigts », ton premier maxi sorti en 2002 à eu de bon retour dans l’underground français, pourquoi avoir attendu 7 ans avant de sortir un maxi ?
- Ces 7 ans ont été nécessaires. J’ai un recul sur mon travail et même dès le début quand j’kiffais ce que je faisais, je savais qu’il y avait encore un fossé avec ce qui sortait et que je ne pouvais pas me permettre de sortir. Et la première raison en fait, c’est que les premières années c’est le rap et la vie quotidienne, tu penses même pas à être sur un disque, t’es juste là pour écrire et déchirer le voisin, c’est tout.
- B2D: Ton premier album « Etat des lieux choquant » est dans les bacs depuis quelques mois maintenant, avec l’album on retrouve un livret gratuit « L’Infoground » où tu expliques le parcours de cet album et les boycotts qu’il a subi. C’était nécessaire pour toi de t’exprimer la dessus ?
- Pour moi c’était nécessaire car je ne savais pas quand j’allais ressortir quelque chose pour m’exprimer dessus. C’était frais donc fallait que ça sorte. Le format magazine gratuit, c’était pour être accessible à un maximum de gens, et aussi pour chier sur ces magazines qui marchent à la page de pub et à la sucerie, comme les radios. Pour prouver qu’on peut avoir un moyen d’expression fort sans faire payer l’information et par dessus tout sans page de pub !
- B2D: La mise en bacs de l’album « Etat des lieux choquant » a eu du mal à se faire, pour ton nouveau projet « Etat des lieux choquant, Street Volume Des Choses à Dire » ça se passe mieux on dirait non ? Comment as-tu fait pour trouver un bon distributeur ?
- Ça se passe mieux, mais à la sueur de mon front et de ma facture de téléphone ! Figure toi que mon distributeur, SMG Distribution, n’est autre que moi même. C’est une sous-division de Concept Urbain. J’travaille simplement en dépôt-vente, à l’ancienne, et l’insertion de ce logo sur mon disque, c’est une fois de plus pour dire qu’il est encore possible de maitriser sa distribution même si c’est un travail de titan, après faut savoir ce qu’on veut.
- B2D: Dans tes textes tu es assez revendicatif avec souvent un vrai message derrière, ça devient rare dans le rap français ! Quels sont parmi les thèmes que tu abordes sur ton album, ceux qui te tiennent le plus à cœur ?
- Le gros thème qui me tient à cœur c’est la différence entre les deux hémisphères de la planète. Surtout sur ce simple constat: les maladies sont au sud, les médicaments sont au nord. C’est juste un exemple, mais qui en dit long sur la logique de ce monde. Moi quand j’écris ce que j’appelle un free-style, en fait ce sont des idées en vrac assemblées bout à bout dans un texte, suivant l’inspiration. Mais j’ai arrêté y’a bien longtemps le freestyle égo-trip. Ça me fait plus vibrer du tout, et dans ce que j’entends c’est souvent mal fait. Moi mes freestyles c’est du conscient en vrac disons. Sinon d’autres textes sont menés par un sujet d’un bout à l’autre, mais ce qui me semble le plus important de parler c’est les situations de précarité extrême et de conflits partout dans le monde. Maintenant, la douce France s’en prend plein la tête aussi vu que c’est ici que je vis…
- B2D: Pourquoi avoir choisi ce titre « État des lieux choquant » ?
- Justement pour ce coté idées en vrac qui sont en fait regroupés dans un état des lieux, et qui est donc choquant quand tu fais la synthèse de tout ça. Aux gens qui voient le monde paisible car ils regardent leur nombril, ils devraient prendre du recul pour se rendre compte de leur hypocrisie, consciente ou non.
- B2D: Ton point de vue sur le rap français en 2004 ? En écoutes-tu toujours ?
- J’écoute beaucoup ce qui sort, mais pour la plupart je ne l’écoute qu’une fois parce que ça fait flipper. Entre ceux qui ont un bon produit, mais vide de sens, et ceux qui ont des choses à dire mais qui ne savent ni rimer ni poser, c’est désolant. Quand tu vois le niveau qu’il y avait y’a 7-8 ans et que t’écoutes ce qu’il sort aujourd’hui, c’est consternant. Mais ça revient petit à petit, des bonnes choses se font, j’suis confiant. J’ai eu quelques bonnes surprises ces derniers mois. La chose dont je suis sur, et j’ai vu ça en bougeant dans les radios locales, beaucoup de très bons mc’s sont en bas de chez eux et attendent. Si quelqu’un pouvait en produire certains, y’aurait du bon dans les bacs.
- B2D: Que penses-tu des médias français ?
- Presse hip hop et presse en générale, c’est soit le média qui fait son beau devant les institutions, soit il fait son beau devant l’euro. Quelques magazines ont sorti la tête de l’eau et j’espère qu’ils vont durer, comme Unité, Underground, Paper, Street Life… Ces mecs sont dans le son et font les magazines, et c’est la première fois je crois. Dans les autres mags, sans généraliser non plus, t’as parfois l’impression que les mecs écoutent du rap car c’est leur métier, donc forcément ça se ressent sur le contenu.
- B2D: Ton site internet est en place depuis un moment, c’est important d’avoir son propre site ?
- Ouais c’est une bonne vitrine de ton travail et surtout un moyen très économique de promotion, et de plus libre d’expression. Donc ça ne peut être que bénéfique. Après tout dépend de ce qu’il y a dedans, sans parler d’aspect esthétique et graphique, c’est pas moi que tu verras faire le beau sur des photos pour montrer aux gens que j’ai mis les pieds dans un studio… Faut rester professionnel un minimum et penser qu’il n’y a pas que les mecs de ton quartier qui ont l’œil sur le site. Donc éviter d’alimenter des clichés du rap pour des gens extérieures au hip hop qui tomberaient sur le site.
- B2D: Pour rester sur le net, que penses-tu d’internet en général ? Est-ce que ça te sert également pour travailler ?
- Ça me sert pour travailler, dans les contacts avec les gens, c’est économique et direct, rapide, pratique. J’pense que le web a accéléré le travail dans certains domaines et c’est positif dans l’échange. Que ce soit positif pour l’économie de grandes sociétés c’est pas mon problème. Au niveau des sites hip hop, y’a une dizaine de sites qui font du bon boulot, et qu’il faut considérer comme des magazines à part entière. On a besoin des sites hip hop pour notre communication, il faut pas le négliger.
- B2D: Quels sont tes influences musicales ?
- Mes influences musicales sont à majorités hip hop et reggae. Dans reggae j’inclus toutes formes, ragga, dancehall, dub… Sinon j’suis influencé par la soul, le classique quand il ne casse pas la tête, et j’écoute en général le discours dans toutes musiques.
- B2D: Tes rappeurs Us et Fr préféré ?
- Mes préférences vont sur les prods, la technique et la rage des mc’s. En US, j’aime le travail de Dead Prez, The Coup, Jedi Mind Tricks, Eminem, The Roots pour le coté acid jazz soul, Planet Asia, et j’ai découvert aussi un mec qui s’appelle Fel Sweetenberg, Krumb Snatcha…
En Fr, j’aime bien L’Skadrille, Pyroman, Oxmo Puccino pour l’ambiance, les gens que j’ai invité sur mon disque, et d’autres que j’ai aimé avant, comme NTM que j’écoute encore aujourd’hui.
- B2D: Ton « album du moment » ?
- Jedi Mind Tricks « Legacy of Blood »
- B2D: Ton pire souvenir dans le métier ?
- J’pense qu’il est à venir. J’en ai pas spécialement, mais y’a des galères quotidiennes quand tu contactes des gens ou quand tu entreprends un projet.
- B2D: Et le meilleur ?
- Le meilleur en général c’est la scène. C’est le moment ou t’es vraiment en train de faire ce que tu kiffes. Donc la scène. Mais pas un fait en particulier.
- B2D: Tes passions en dehors du Hip Hop ?
- La culture. L’échange. Pas de passion particulière…
- B2D: Les sujets d’actualité qui te sensibilisent ?
- Tout ce qui est situations graves concernant l’humanité, et également toute la politique qui ne se cache plus sous l’hypocrisie mais qui nous montre au grand jour que nous sommes menés et qu’on a juste à la fermer. Ça va du Rwanda qui n’est ni guérie, ni en sécurité encore aujourd’hui, jusqu’à Juppé qui se fait passer pour une victime.
- B2D: Dernier film vu ?
- Ça c’est pas mon délire, je suis hors actualité cinéma. J’matte plutôt des reportages à la tv. Ça doit faire deux ans que j’ai pas mis les pieds dans un cinéma, et le dernier dvd que j’ai maté çà doit être Toxic Tv.
- B2D: Avant de terminer, peux-tu nous en dire plus sur ton nouveau projet qui vient de sortir ?
- C’est un 30 titres qui respire le hip hop et aussi le ragga et le dancehall. C’est 15 titres de moi et 15 titres d’invités, le tout est mixé par Dr.Peppa afin de remettre au gout du jour le deejaying qui se perd dans les sorties rap. Tous les titres sont inédits, sur des prods de moi-même, de Money Kent, de Yiminel, de Dr.Peppa, et d’autres producteurs. Le contenu est dirigé par le titre « Des Choses A Dire ».
- B2D: On retrouve des invités comme Sëar lui même, Matt Moerdock, Fat Flow Staff qui pose leur propre morceau, comment les as-tu choisi ?
- J’ai choisi suivant les affinités artistiques, le discours général qui n’est pas vide de sens. Ce ne sont pas des gens que j’ai démarché avec un courrier, négocier, etc… C’est gens que j’avais déjà croisé, avec qui il y avait eu un premier contact, donc tout c’est fait logiquement. Pour Fat Flow Staff, j’ai reçu un titre promo et je leur ai proposé de placer le titre car le morceau est fort et pour filer un coup de pouce. Le reste des feat, c’est mon entourage, que je n’ai pas placer automatiquement, j’ai été droit sur l’artistique et le contenu. Je ne l’ai pas jouer au piston.
- B2D: Le morceau de Matt Moerdock « Radio » dénonce tout comme toi la nouvelle façon d’agir de Générations 88.2, tu t’es déjà exprimé à ce sujet sur le site, mais peux-tu quand même revenir la dessus pour ceux qui aurait raté ça ? As-tu eu beaucoup de retour par rapport à ton titre « J’t'explique » ?
- Ce titre c’est suite à la manière d’agir de cette pseudo radio underground qui est morte. Aujourd’hui c’est une radio commerciale, ce qui est leur droit. Ce qui me gêne dans tout ça c’est qu’ils usent d’une image underground qui n’est plus la leur. Ils veulent bluffer du monde avec leur slogan, mais de toute façon il n’y a qu’à voir la playlist pour comprendre. De plus, ils ne prennent pas en considération les indépendants alors que s’ils sont là où ils sont aujourd’hui c’est grâce aux indépendants de l’époque. Et maintenant ils l’oublient, et te demandent 1500€ pour être diffusé. Donc il me semblait normal de parler de ces faux. Niveau retours, j’ai eu du soutien de la part des indés en général, et de la part de gens qui te disent que tu as eu raison de le faire, mais qui eux n’auraient jamais osé, donc c’est pathétiquement drôle. Dans l’ensemble, le message a été compris.
- B2D: Merci pour cette interview et bonne chance pour défendre ton nouveau projet, si t’a des dédicaces à faire…
- Dédicace aux auditeurs qui ont des oreilles… et à Nikita.
Site: www.myspace.com/mckiddam
Publié par Dj Peusnoo.
Classé dans Interviews
Publié le 22 novembre 2007 à 13:02
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