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Chroniques


Jay-Z – American Gangster

Cet article a été rédigé par Sheeryu | publié le 2 décembre 2007 | 01h30
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Jay-Z American Gangster

« Je ne suis pas très bon à ça » a avoué Jay-Z à propos de sa retraite anticipée

Assertion partiellement fausse, car mis à part un silence musical (partiel), Jay-Z avait laissé place depuis 2003 à un Shawn Carter évoluant brillamment dans un costume d’hommes d’affaires et de flaire. Si bien que son nouveau mode de vie transparaissait dans l’ambiance globale de Kingdom Come. Si les ventes de l’album l’ont rassuré quand à la viabilité de son art (de son image?) sur le marché de la musique, l’album, lui, n’atteignait pas les promesses que lui avait confié son auteur. Cela devait être un album de rap adulte, décontracté et salvateur. Au final, dans une tentative de séduction d’un public plus large, en conformité avec sa nouvelle condition d’homme médiatique (et plus seulement de rappeur), Hova se perdait dans des justifications révélatrices d’une situation paradoxalement inconfortable. De son âge (le fameux « 30 is the new 20 ») à son statut social, en passant par son aura de légende du rap, tout respirait une situation pas tout à fait assumée, gênant cette aisance naturelle de Jigga dans son rap, son écriture et sa capacité à faire fondre dans son personnage divers tendances. Ce n’est pas faute d’avoir eu un album bien produit et mixé (avec quelques fautes de goût flagrantes quand même), mais le mélange des genres et des facettes de Jay-Z ne prenaient plus.

Alors, si le vrai luxe n’était pas de se payer un album décousu de rap trentenaire (ou quarantenaire) mixé par Dre, mais de construire une œuvre conceptuelle, inspirée d’un film blockbuster dont on pourrait piocher quelques extraits pour illustrer le propos? American Gangster, narrant l’histoire d’un des gangsters les plus fascinants du siècle dernier, réalisé par Ridley Scott, et réunissant deux monstres d’Hollywood (Denzel Washington et Russel Crowe): le succès était déjà annoncé au box office. Coup de pub facile pour Jay? Complètement. L’attente suscitée autour de l’album suffit pour s’en convaincre, malgré une campagne promotionnelle très sobre comparé aux tapages autour de Kingdom Come l’an passé. Album opportuniste et prévisible? On pouvait avoir des craintes légitimes. Elles sont finalement balayées par quelques écoutes.

S’il a vu dans l’histoire de Frank Lucas des similarités avec sa propre histoire, Jay ne fait pas pour autant une restitution musicale du film. Inspiré par certaines scènes, il raconte l’ascencion et la chute d’un bandit, entre éléments biographiques et références à des scènes, des clins d’œil, ou de multiples évocations, musicales, cinématographiques ou historiques. Les morceaux développent une image du gangster en puzzle, des bribes de caractère disséminées, entre ambition (« American Dreamin’ »), gloire (« Roc Boys »), détermination (« Sweet »), résignation (« No Hook ») et condition assumée (« Say Hello »). Preuve du regain d’inspiration de Jigga, la limite des impressions et idées exprimées par le rappeur ou le bandit est parfois floue, sauf à quelques rares moments où le sujet est clair (« Ignorant Shit »). Évidemment, les comparaisons et punchlines sur la drogue et la vie de gangster parsèment certains textes et leur donnent du relief, même si Jay a assez d’intelligence et de talent pour varier de registre (« My mind on my money, money on my mind / If you owe me ten dollars you ain’t givin me nine / Y’all ain’t give me 40 acres and a mule / So I got my glock 40 now I’m cool »). Mais c’est dans un texte comme celui de « Fallin’ » qu’on appréciera toute la créativité d’un Hova en forme, même si on notera quelques faiblesses, notamment sur un « Party Life » ennuyant et dispensable.

Da manière asymétrique, là où American Gangster (le film) est une grosse production au casting chargé en acteurs et personnalités connues, American Gangster (l’album) fait moins étalage de gros noms: ni Kanye ni Dre aux machines, même si le fidèle Just Blaze livre deux prods, entre reprise brillante (l’hypnotique « Ignorant Shit », qui remixe un titre « left over » du Black Album) et resucée dispensable (« American Gangster », trop proche dans l’esprit de « Show Me What You Got »). Étonnamment, la plus grande partie du travail de productions revient aux Hitmen Sean C et LV, livrant un travail qui, s’il manque d’identité et d’un grain particulier, est de bonne de facture. L’instrumentation de « Pray » prend aux tripes, tandis que les cuivres de « Roc Boys » sont d’une efficacité redoutable. On appréciera la participation d’un tandem No I.D./Jermaine Dupri inspiré, même si la palme de la production la plus éclatante revient à DJ Toomp pour un « Say Hello » soulful et enivrant. Globalement, l’ambiance très soul dégage une chaleur et une cohérence qui ajoute d’autant plus à la force de l’album. Quelques beats marquent un contraste: « Hello Brooklyn » sonne trop répétitif et miminaliste par rapport à l’ensemble, tandis que l’excellent « Blue Magic » est intelligemment placé en fin d’album.

Acteur et réalisateur de son propre film, Jay-Z parvient à faire oublier avec ce American Gangster la mauvaise impression qu’il nous avait laissé l’an passé. S’il est difficile de penser que le M.C. atteindra de nouveaux les sommets d’écriture et de créativité dont il a fait preuve dans sa carrière d’avant retraite, c’est à travers des initiatives comme cet album qu’il continuera a marquer le rap de son charisme et de son originalité.

Tracklist
1. Intro [Chris Flame]
2. Pray [LV and Sean C]
3. American Dreamin’ [LV and Sean C]
4. Hello Brooklyn 2.0 (feat. Lil Wayne) [Bigg D]
5. No Hook [LV and Sean C]
6. Roc Boys (And the Winner Is)… [LV and Sean C]
7. Sweet [LV and Sean C]
8. I Know (feat. Pharrell) [The Neptunes]
9. Party Life [LV and Sean C]
10. Ignorant Shit (feat. Beanie Sigel) [Just Blaze]
11. Say Hello [DJ Toomp]
12. Success (feat. Nas) [No I.D.; Jermaine Dupri]
13. Fallin’ (feat. Bilal) [Jermaine Dupri; No I.D.]
14. Blue Magic (feat. Pharrell) (Bonus Track) [The Neptunes]
15. American Gangster (Bonus Track) [Just Blaze]



1 commentaire

  1. Supaman le

    Humm, je cautionne pas
    Une petite correction:
    « Album opportuniste et prévisible? On pouvait avoir des craintes légitimes. Elles sont finalement bien comfirmées par quelques écoutes. »

    Every Encore ain’t a good one.

    8)

     




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