
Peux-tu te présenter en quelques mots pour les gens qui ne te connaissent pas ?
Giuliano, MC et beatmaker, je forme le groupe Les Enfants Rois avec Le 4Romain. On vient tout les deux de la région de Perpignan.
Pourquoi créer ce groupe ?
Disons que j’étais artiste solo, lui venait de fonder Rouge à Lèvres avec Grems. on se connaissait depuis des années, on avait des gout musicaux très proches, et surtout on aimait écrire des textes un peu tortueux héhé !
Justement, pour les mecs qui ont connu Le 4Ro à travers Rouge à Lèvres on est dans un registre complètement différent là, les sons sont moins house, les textes plus réfléchis… C’est toi qui l’a emmené dans ce registre ou ça c’est fait naturellement ?
Non, Le 4Romain est un mec très électro c’est vrai, mais c’est également et avant tout un fondu de Pete Rock, J. Dilla, Madlib… Et c’est vrai que dans Rouge à Lèvres il avait pas eu l’occasion d’exprimer ça. C’est un peu pareil pour le coté spoken word et poétique, il est un peu schizo sur les bords !
Un artiste complet en somme… Tu parles de poésie, si demain un néophyte te dis que votre musique ressemble à du Grand Corps Malade t’en penses quoi ?
De la même manière qu’on dira qu’elle ressemble à IAM pour quelqu’un extérieur au rap, ça ne me choque pas, les gens ont besoin de cases.
Et si derrière ça le vieil auditeur de rap que je suis te sort que le slam ou le spoken word c’est de la musique pour poète égocentrique ou rappeur en manque de flow ? J’veux dire, est-ce que tu penses qu’il y a réellement un public dans les auditeurs de rap pour votre son ?
Honnêtement je me pose pas trop la question. Poète égocentrique, je dis oui c’est vrai, mais la plupart des MCs le sont aussi, c’est un moteur. D’autre part on rappe également sur plus de la moitié des morceaux.
D’un point de vue personnel j’ai l’impression que comme Madlib par exemple, vous accordez plus d’importance à la musicalité et aux lyrics qu’a l’interprétation « rapologique ». Tu te sens en décalage par rapport à ce qu’il se fait dans le rap à l’heure actuelle ?
Décalage sur le fait qu’on a pas une obsession de la technique. Parfois on soigne ça, parfois on la met de coté. Pour l’interprétation on essaye d’amener quelque chose de plus théâtrale, pour créer l’émotion, notamment sur les tracks un peu slam, c’est une démarche volontaire, et on pense qu’elle manque un peu au rap qui parfois s’apparente seulement a un sport, un « game ».
Vous êtes plus dans un délire free jazz que rap dans le fond non ?
Je dirais pas ça comme ça. A la limite « free rap » ahah. Parce que le rap c’est tellement large, comme le jazz d’ailleurs…
Un titre comme « ether » dans lequel pas un MC pointe le bout d’son mic, ça sonne plus album jazz que rap classic…
En fait, sur ce morceau j’ai piqué deux phrases du 4Romain venant d’un autre morceau hors album, et également la voix de Jim Morrisson des Doors, j’ai clairement voulu faire un morceau hippie version 2008 !
Et te dire que 99% des rappeurs français ne connaissent même pas les Doors ça t’fous pas en l’air ?
Personnellement je connais depuis trois ans, donc je fais pas le malin ahah ! Mais c’est vrai que les gens sont pas assez curieux non plus…
Dans votre musique on sent un palette bien plus large que celle du commun des rappeurs, c’est une envie récente de découverte alors ou une culture musicale travaillée depuis plusieurs années ?
La culture jazz , ça fait pas mal de temps qu’on y traine. Après j’ai découverts que très récemment tout ce qui est rock, mais pour le moment ça ne se ressent pas trop dans mes sons.
On peut espérer un prochain album plus rock à l’avenir alors ?
J’aimerais beaucoup ! Haha, je fais tourner a fond les Doors, et Jimi en ce moment, NERD aussi. J’essaye de fouiller, de me sortir de mes acquis.
Je trouve très bien que des rappeurs explorent d’autres univers, c’est même la base de notre musique je dirais. Du nord on a l’impression que le sud ouest ne fait rien comme les autres : la scène graffiti est différente, le rap plus alternatif… c’est un cliché ?
C’est peut-être parce qu’on a rien a portée de main, on est obligé de se bouger pour sortir du lot. On est un peu hors des influences de la capitale aussi, hors du business et du marketing également. Mais oui c’est peut-être aussi cliché, y a beaucoup de mecs alternatifs sur Paris, Mais ils sont noyés…
C’est vrai, mais malheureusement ils sont minoritaires, à part deux ou trois exceptions pas grand monde se fait entendre. Y a des artistes qui t’intéressent dans la scène plus traditionnelle ?
Parmi les gens encore actifs aujourd’hui : Oxmo, IAM, Kohndo… et Moudjad ! Moudjad je l’ai connu avec son album chez Deephop chez qui on sort notre album. Je suis pas forcément a fond musicalement, mais pour moi c’est un des meilleurs en France, le mec a le fond et la forme, après j’avoue être un peu autiste sur les bords, je découvre les trucs 15 ans après !
Pour en revenir à l’album, vous l’avez conçu à deux voir plusieurs, comment ça c’est passé ?
Principalement a deux, avec parfois la collaboration de quelques musiciens. En particulier le pianiste et le saxo de No Soma , avec qui on tourne en live, c’est eux qui ont composé « Du faux au vrai » avec moi a la programmation batterie. Concernant le 4Ro et moi, comme je vis a Paris et lui sur Montpellier, beaucoup de choses se sont faites à distance. Les seules choses que l’on a fait dans la même pièce ce sont les refrains, et peut-être deux ou trois titres. On a beaucoup discuté bien sûr, on a pris notre temps…
L’idée de la création du groupe et sa direction artistique vient duquel des deux ?
De moi ! En fait, y a quatre ans on avait fait un morceau afrobeat pour une association, on rappait tous les deux dessus, lui a sorti un texte limite slam et j’ai trouvé ça énorme ! Je lui ai dit qu’il fallait qu’on fasse un album comme çà. Moi je voulais faire dans le rap un peu l’équivalent des surréaliste dans la peinture, un truc parallèle. La direction artistique était simple : on fonce dans le mur et on voit si on passe au travers ahah !
Mais pourquoi faire ça dans le rap ? On sait que les auditeurs sont plus jeunes et leurs cerveaux plus petits ! Votre musique est plutôt compliqué…
On fait ça dans le rap, parce qu’on est dans le rap. C’est une démarche personnelle. On fait de la musique, après, qui écoute qui écoute pas, peu importe, du moment que ceux qui écoutent ont le message. C’est de l’art quoi, tu fais l’œuvre, et APRÈS tu réfléchis à ce que tu peux en faire ahah, le marketing c’est pour les yaourts !
« …ne dorment jamais » est un album one shot ou il y aura une suite à cette association ?
A court terme, on le fait tourner en live, avec set réorchestré pour l’occasion. Le second viendra quand on aura de la matière. Entre temps on a nos projets respectifs : Le 4Romain va bosser sur un album avec un beatmaker de Bruxelles qui s’appelle Star Propaganda (Olympe Mountain) et moi je prépare celui de No Soma, une sorte d’ovni Hip-Hop psychédélique. On continue dans les bizarreries quoi !
Ce sera jazz, rock, rap… ou un peut de tout çà à la fois ?
Oui un gros mix de tout ça ! Ces mecs sont super talentueux, ceux qui nous verront en live, s’en rendront compte. D’ailleurs nous ferons une scène parisienne le 15 Juin au Gambetta club à 21h00 sans oublier l’album qui sera disponible chez tous les bons disquaires le 30 Mai. Peace !
Sites : www.lesenfantsrois.com // www.myspace.com/enfantsrois // www.myspace.com/giuliano
Ok bien vu l’interview Fizzle.Je vais aller ecouter quelques morceaux. En plus, je connais les doors ca tombe bien