

Jude. Salut Alibi Montana, très heureux de te recevoir sur B2d. Ton parcours beaucoup de gens le connaissent. Tu as souvent eu l’occasion de t’exprimer sur le sujet. Est ce que tu pourrais en revanche me donner trois adjectifs pour définir ta personnalité ?
Je dirai engagé… vrai… et accessible.
Tu dis de ta musique que c’est du rap de rue, ou du rap hardcore, pour quelle raison ?
Parce que c’est ce que je sais faire, et puis c’est aussi ma personnalité qui est comme ça. J’ai toujours eu un tempérament très engagé depuis que je suis jeune. Ca correspond à ma musique. Ca se ressent dans ma musique.
D’accord ! Mais comment pour toi se définit le côté hardcore ?
Le hardcore se définit par le fait de pas avoir peur d’enregistrer des thèmes très sensibles, même quand ça risque de fermer certaines portes. Pour moi le hardcore c’est ça !
Depuis 2004 et ton album 1260 jours, tu as sorti un album tous les ans pratiquement. Je voulais savoir d’où te venait cette inspiration et cette productivité ?
Je crois que ma productivité me vient de tout ce temps que j’ai perdu en prison. Pendant les 1260 jours, j’ai côtoyé beaucoup de détenus, des gens même qui sortiront jamais, des condamnés a perpétuité. J’ai toujours été marqué par ces condamnés à perpette qui donnaient du courage a ceux qui avaient même des petites peines. Et particulièrement, j’ai été marqué par un mec qui m’a dit « tu sais Ali, plus jamais de ma vie, je pourrais commander un verre de bière a la terrasse d’un café, assis et regarder les gens passer. J’aimais bien fait ça, et plus jamais, je pourrais faire ça ». C’est une phrase que j’ai jamais oublié depuis l’incarcération jusqu’à maintenant. C’est ce qui me donne la force de faire plein de choses : de pouvoir sortir un album par an, mais en même temps d’être derrière plein d’autres projets, aussi bien des compilations que des artistes dont je m’occupe. Et d’apparaître dans d’autres choses, même un peu cinématographiques. C’est vraiment de là que me vient l’envie de faire énormément de choses.

Entre 1999, l’année de la sortie du mini LP, T’as ma parole et ton dernier album Prêt à Mourir pour les Miens (sorti en octobre 2008), beaucoup de choses se sont passées dans ta vie. Tu as parlé de la prison, mais il y a eu aussi entre autre un changement de Label. Je voulais savoir sur le plan purement artistique, quelle différence tu fais entre ces deux albums ?
Sur le plan artistique, je crois qu’il y a eu une évolution qui est naturelle parce que depuis, j’ai beaucoup voyagé. J’ai fait des concerts dans énormément de villes de France et dans beaucoup de pays étrangers aussi, avec beaucoup de rencontres. Les rencontres ça apporte des horizons nouveaux et musicalement ça apporte des différences. Je crois que sur mon dernier album, même sur le précédent déjà on pouvait s’en rendre compte, que ce soit au niveau des instrus ou de certains titres comme « Center Placard » où le refrain est vachement chantonné et où je change de flow parfois. On voit l’évolution. C’est une évolution qui est naturelle. Il suffit d’écouter les albums dans l’ordre dans lequel ils sont sortis pour voir l’évolution.
Comment tu expliques ta notoriété, supérieure parfois à celle d’autres artistes bien plus médiatisés, alors qu’on a essayé de te boycotter ?
Je crois que c’est parce que les jeunes savent que je suis quelqu’un de vrai. La plupart des jeunes qui m’ont rencontré avaient déjà l’impression de me connaître même avant de me rencontrer. Souvent c’est la phrase qui revient. Tu vois là je viens d’Evreux. Je parlais avec des jeunes qui me disaient « T’es notre frère ! » et me prenaient dans leur bras. C’est la première fois qu’ils me voyaient en vrai dans leurs villes, et ils avaient ce comportement là. Souvent les jeunes ont ce comportement là avec moi, même sur Paris. Je pense qu’ils ressentent ce coté vrai. Ils m’ont surnommé le rappeur du peuple. Après j’ai gardé ce surnom, parce que c’est quelque chose qui revient souvent.
Dans ta discographie, peux tu me dire le ou les morceaux dont tu es le plus fier, ou ceux qui peut être ont une saveur particulière.
C’est difficile! Yen a beaucoup ! J’suis toujours un peu marqué par « Extrait d’une Vie » parce que si tu veux à l’époque ou mon album 1260 jours est sorti chez Menace Records, c’était très dur pour mon label parce que aucun média ne voulait faire quelque chose dessus. Ils disaient « qu’est ce que c’est ce que rappeur ?… un album écrit en prison !… 1260 jours, ça fait trois ans et demi !… », ça leur faisait peur. Et c’est marrant, parce que mon dernier clip qui s’appelle « Mon Parcours », il résume tout a fait ça. Mon premier album quand il est sorti, aucun média n’y croyait. On était parti voir Olivier Cachin à l’époque, et lui il avait refusé aussi et il m’avait dit la même chose. Ce qui est drôle dans l’histoire c’est que mon dernier clip « Mon Parcours », c’est Olivier Cachin qui joue avec moi le rôle principal. C’est lui qui me fait l’interview comme t’es en train de me faire. Le fil conducteur du clip c’est ça : J’ai rendez vous avec lui dans un café, justement pour lui raconter mon parcours. Et dans le titre « Mon Parcours », je lui dis « tu croyais pas en moi toi aussi ! ». Et je trouve que c’était très grand de sa part d’accepter de faire le clip et d’assumer ce qu’il avait dit à l’époque.
Si tu devais changer quelque chose dans ta carrière, ce serait quoi ?
Je changerai rien ! Les choix que j’ai fait, je les ai toujours assumés. Après la sortie de Numéro d’Ecrou, j’ai eu énormément de sollicitations, et j’aurais pu passer en Major. Mais mon contrat avec Menace Records était pas terminé, et mon désir c’était d’honorer mon contrat jusqu’à la fin. Une fois que j’ai fait mon dernier album pour Menace et que j’étais libre de tout contrat, à partir de ce moment là, j’ai eu les rendez vous avec la plupart des maisons de disques, et j’ai signé chez Because Music parce que c’est eux qui m’apportaient le plus de liberté. Ça c’était le plus important pour moi. Ils m’amenaient pas le plus d’argent financièrement, mais ils m’amenaient le plus de liberté, c’est-à-dire qu’ils me laissaient diriger les trucs tels que je le voulais…

Peux tu me donner cinq albums qui pour toi ont marqués le rap français ?
L’album de Lunatic ! (NDR: Mauvais Oeil. 2000)… L’album de Oxmo Puccino, Opéra Puccino (1998) … Le premier album de NTM (NDR: Authentik. 1991)… Le premier album de I’am (NDR: … De la Planète Mars. 1991) …et … et… Et mon album 1260 Jours… qui pour moi dans tous mes albums est celui que je réécoute et réécoute, parce qu’il évoque plein de choses, plein de souvenirs… La Bataille. Comment c’était dur ! Cet album il a vraiment été porté par les jeunes. Le vrai bouche a oreille c’est ça ! Sans aucune pub, sans rien, il s’est classé dans le top Album. Pour l’époque, un produit indépendant de chez indépendant qui rentre à la 70ème place du top albums, c’était quelque chose d’impressionnant et de mortel.
Avec Sefyu, vous êtes actuellement les deux rappeurs les plus cotés du 93, les successeurs de NTM en quelque sorte, je voulais savoir ce que cela te faisait ?
Moi j’suis très content surtout par rapport au public, par rapport aux jeunes, à l’accueil qu’on a… C’est plus ça qui prime pour moi que le fait de succéder à NTM pour succéder à NTM. Si eux un jour ils viennent me le dire, ça me fera plaisir. Mais le plus important pour moi, c’est de continuer de faire ce travail pour que le public soit fier. D’ailleurs, il est même question qu’on essaye de faire une tournée tous ensemble. Ils sont en train d’essayer de monter ça. Une tournée qui va s’appeler « La Tournée du 93 », qui va réunir, moi, Sefyu et Mac Tyer.
Merci pour l’interview Alibi Montana. As-tu un dernier mot pour les internautes de B2d ?
Tous ceux qui n’ont pas encore écouté le dernier album Prêt à Mourir pour les Miens, j’espère qu’ils feront la démarche d’aller l’écouter, et surtout d’aller l’acheter.
bien bien bien
la seconde partie d’interview sur Alibi Montana…Que dire de plus sinon salut…
DREEXAY