On les appelle les old-timers. Ils ont écrit les premières – et parmi les plus belles – pages du Rap Français. Rap Mag et Bounce 2 Dis leur rendent désormais hommage chaque mois et refont les présentations pour les moins de 20 ans. Après Krokmitten le mois dernier, l’envie nous est venue de prendre des nouvelle d’Abuz, celui qui, il y a déjà douze ans n’avait « pas besoin d’amphétamines pour venir baffer [nos] gueules »…

Si tu ne devais garder qu’un souvenir de ton aventure avec le D.Abuz System ce serait lequel ?
Je ne suis pas sur de pouvoir retenir un moment bien précis de l’ensemble de mon parcours, mais le plaisir de se donner à fond dans ce que l’on aime, tous les retours du public, le fait de les avoir accompagné et fait kiffer, et surtout toute l’énergie ainsi que les bonnes vibes qu’apportait les Hip-Hop à cette époque… Je me sens privilégié d’avoir vécu de l’intérieur cette période d’âge d’or du Rap Français. Pour répondre plus clairement à ta question je dirais quand même que j’ai adoré faire tous ces concerts à travers la France ou même à l’étranger sans oublier la richesse des rencontres durant nos ateliers d’écritures…
Tu es resté en contact avec les membres du DA System, d’Express D ou de la Mafia ?
Pas vraiment, j’ai juste quelques nouvelles d’Anies de temps en temps, mais j’ai toujours une oreille qui traine sur ce qu’ils font.
Beaucoup disent que tu as arrêté le Rap à plein temps déçu de ne pas obtenir la place que tu méritais…
Ce n’est pas complétement faux, même si en réalité mon recul par rapport à tout ça est le fruit de plusieurs facteurs… Mais c’est vrai que je me suis peut-être senti incompris, de plus le Rap Français commencait à prendre une tournure qui me déplaisait, il reflétait moins mon état d’esprit. Il est dommage qu’un certain nombre de personnes ont pris conscience que nos disques étaient des classiques une fois le groupe séparait.
Tu m’as dit avoir « toujours une oreille qui traine », quelle est ton opinion sur la scène actuelle ?
La scène francophone a un très bon niveau, mais il ne s’en dégage plus forcément une énergie constructive, ça s’enferme beaucoup dans des clichés et s’uniformise. Mais on arrive à un point où cette musique se régénère, elle est en pleine évolution et tend vers une plus grande ouverture, en tout cas personnellement je pense que son avenir passera par là.
Il y a des rappeurs Français qui t’intéressent ?
J’écoute plus de Rap US que de Rap Français, ce qui ne m’empêche pas d’apprécier quelques trucs ou de reconnaitre un certain niveau chez des artistes.

Tu penses y avoir trouvé un remplaçant ?
J’ai effectivement dû influencer pas mal de MC’s qui ont grandi en écoutant nos sons mais je ne suis pas sur d’avoir été remplacé dans la mesure où mon Rap était assez marginal alors que le paysage musical d’aujourd’hui a poussé la plupart des rappeurs dans une posture similaire malgré leurs différences. Je me sens plus proche de ceux qui explorent des terrains à l’abri des clichés et qui tentent d’arriver à accoucher d’une œuvre vraiment personnelle.
Quels sont tes projets dans l’immédiat ?
J’ai une cinquantaine de titres Ricardo Malone et une trentaine de titres Abuz qui n’attendent plus que d’être mis en boite ! Ça devrait arriver sous peu mais je ne sais pas encore dans quel ordre…
On a quand l’impression que Ricardo a tué Abuz…
Non, il s’agit juste d’une diversification qui me permet d’exprimer différentes choses de différentes manières. Après oui effectivement le projet Ricardo Malone dont rien est encore sorti à ce jour, a un peu mis de côté Abuz pendant une courte période mais l’un ne remplace pas l’autre et j’espère bien pouvoir faire coexister ces deux entités à travers différents projets. Le but est surtout de me faire plaisir en faisant plaisir à ceux qui m’attendent comme à ceux qui ne m’attendent plus ou pas du tout ! Que ce soit sous le nom d’Abuz ou celui de Ricardo. Alors préparez-vous, car je suis encore là…

Sites : www.myspace.com/abuz_mc // www.myspace.com/ricardomalone
Marginal son.