Aujourd’hui le producteur français E-Blaze est de passage sur B2D pour une interview…
Salut, tout d’abord je vais demander de te présenter …
Je m’appelle Eric Blaze, je suis un beatmaker/producteur français qui réside actuellement au Canada, après avoir vécu plusieurs années aux États-Unis. J’ai travaillé avec pas mal d’artistes d’horizons différents comme le DITC (Show & AG, OC & AG) et Infamous Mobb (Capital Q) par exemple. Mon nom de producteur est E-Blaze!
J’ai noté que tu avais commencé par le MCing dans un groupe alors que tu étais encore au lycée, comment en es-tu venu à la production ?
A l’époque quand je rappais avec mon groupe, on n’avait pas de matos et on n’avait personne pour nous faire des sons. On écoutait des disques tout le temps et on enregistrait des boucles sur K7. Quand on se retrouvait en studio, on faisait tout sur place…on programmait le son en live car c’était le seul endroit ou on pouvait se servir d’un sampler. Il fallait pas foirer…on devait être prêt et avoir tous les samples à portée de main. J’y ai pris gout très tôt, j’adorais chercher les loops pour les nouveaux morceaux, d’ailleurs c’en est devenu ma passion…J’ai commencé à préférer le sampler à la feuille blanche! Je prenais plus de plaisir à produire, qu’à rapper. Après m’être séparé de mon crew. J’ai commencé à faire des sons pour d’autres gars et je me suis mis à acheter et collectionner du vinyle. C’est de la qu’est parti mon envie de devenir beatmaker à plein temps!
Tu as grandi dans un environnement assez éclectique musicalement, qu’est-ce qui t’as poussé vers le Hip Hop ? Le New York City Rap Tour comme cela semble être sous-entendu dans ta bio ?
J’ai grandi avec mon frère aine qui a une dizaine d’années de plus que moi, on partageait la même chambre chez ma mère. Quand j’étais tout petit, dans notre petit coin il jouait constamment de la musique, car il adorait ça et pratiquait la basse. Le brother passait de tout : du rock, du ska, du punk, de la soul, du reggae et j’en passe! Le hip hop, c’était pas trop ça car à l’époque les skeuds n’étaient pas distribués comme ça sur panam’…je te parle du début des années 80′! Mais en tout cas tout ce mixe de styles a développé mon oreille de façon incroyable. J’étais accroc a la zik’…je demandais tout le temps à mon frère de me rejouer des morceaux que j’avais entendu et grave kiffe. A la même époque j’essayais de capter des clips a la télé, ils en passaient de temps en temps sur tf1, antenne2 et fr3 le soir. C’était surtout de la variété, de la pop et du rock, mais des fois ils pouvaient te balancer au milieu de ça, le Message de Grandmaster Flash et la, ça me faisait ma semaine!! En France, à l’époque le hip hop était inexistant, c’était surtout le rock et la pop qui étaient mis en avant, la black music n’était pas du tout poussée, donc je devais me contenter de ce que j’avais sous la main! Y’avait quand même une émission qui passait sur la 2 le samedi soir, qui s’appelait Les enfants du rock. Les gars lâchaient de la vidéo qui venait des states…mais eux montraient ce qui se déroulait au niveau de la black music, au niveau de la rue, ce qui me parlait un peu plus. C’est dans cette émission que j’ai vu mes 1ers clips avec des apparitions de breakeurs comme Lionel Ritchie »All night long”, où encore Gap Band « Party Train”, sans oublier le Break Machine »Street » Dance ». A partir de la j’ai commence à développer une attirance pour les États-Unis…Je découvrais la culture Hip-Hop! Après au fil des années, j’ai ressenti le besoin de me rapprocher de ce mouvement, je kiffais ce son particulier, le style de sappe, l’attitude des gars et le fait que pour la plupart c’était des renois et des latinos. Cette image me représentait plus, je pouvais m’y associer sans hésitation. En 84′, le hip hop est arrive par la grande porte en France, par le biais du show TV de Sydney. La France entière, découvrait une facette de cet art le dimanche après midi devant son poste de télévision. J’étais devant la télé tous les dimanche, et le lundi à l’école j’essayais de reproduire les phases captées de la veille. Cà ne faisait que développer les sentiments que j’avais pour cette nouvelle culture, j’aimais tout, le côté danse, le rap, le graffiti et tout le reste. J’écoutais toujours mes groupes de rock et de reggae mais ce mouvement était en train de changer ma vie!
Pourquoi avoir décidé de t’installer aux Etats-Unis ? Quelle rencontre, album etc. a été déterminante pour la suite de ta carrière ?
J’avais un ami d’enfance qui habitait à côté de moi à l’époque, qui suivait un peu ce que je faisais en production, il m’encourageait pas mal et appréciait mon style. En 95′, il est parti pour le 1ere fois a NYC, il devait rester 1 mois, il est finalement reste 3 mois et a la fin ne voulait même pas rentrer. Il me disait que les gens étaient open de ouf pour les affaires, que la ville dégageait une énergie incroyable et que c’était exactement l’environnement qu’il nous fallait, vu que lui était un réalisateur accroc de cinéma. D’ailleurs il a réussi, pendant ces 3 mois, à rencontrer et passer un deal avec Russell Simmons pour distribuer en France un film D’Abel Ferrara (réalisateur du King of New York), ce qui n’est pas rien pour un 1er voyage! Bref en rentrant, il m’a pris la tête pour que je sois du prochain voyage…il essayait de me convaincre que les cainris allaient kiffer ma vibe et mes beats. Je lui ai fais comprendre que les gars ne m’avaient pas attendu pour faire du hip hop, et que ca venait avant tout de chez eux! Enfin, vu que je me faisais chier en France, que je trouvais que cela avait un cote lent et assez frileux dans les affaires, je me suis dit que j’avais rien a perdre a y aller faire un tour et donc je suis reparti avec mon pote en début 96′. La, j’ai pris la claque de ma vie!! Tout le monde respirait, mangeait et buvait hip hop, d’ailleurs. J’ai croisé des gens qui auraient pu être mes parents chanter du Biggie en pleine rue, c’était incroyable ils connaissaient les paroles par cœur!! C’est réellement pendant ce séjour, que j’ai pu comprendre l’ampleur du machin! Tu marches dans les rues de NYC et tu ressens une énergie unique et palpable, tu es dans le droit de te dire que tout est possible!! Une journée on a croise Chubb Rock, on lui a parle direct et le lendemain on s’est retrouve dans les bureaux de son label SELECT Records a lui jouer mes beats. Bam, il en choisit un et on commence a parler biz direct. Le deal, finalement ne se fera pas à cause de mon inexpérience…il voulait me donner 4000$, j’en voulais 7000$, je sais pas pourquoi je suis reste bloqué sur ce chiffre (J’ai du croire que c’était la fête au village!) mais en tout cas, ça laissait percevoir de bonnes choses pour le futur. Une autre fois on s’est retrouvé dans les bureaux de Duck Down, 2 jours après on se tapait un show de Biggie en pleine rue a Harlem etc. c’était la vie que je voulais vivre a 100%.Après 2 mois et quelques, je suis rentrée à Paris alors que mon pote est resté, pour s’installer avec sa femme qu’il avait rencontré lors de son 1er voyage. A partir de la je suis retourné régulièrement aux États-Unis, à chaque fois je me suis fais des nouvelles connections, et en 1999′, j’ai décidé de poser mes valises une bonne fois pour toute!

« En France, à l’époque le hip hop était inexistant, c’était surtout le rock et la pop qui étaient mis en avant, la black music n’était pas du tout poussée »
Comment se sont déroulés les premiers contacts avec NYC jusqu’à aujourd’hui ? Les retours ?
En 97′ alors que j’habitais encore sur Paris, lors de l’un de mes passages a New York mon gars m’a présenté 2 jeunes artistes inconnus qui habitaient pas loin de chez lui a Brooklyn. L’un chantait du reggae, l’autre rappait, l es 2 pour sur avaient du talent a revendre. Donc j’ai commence a leur envoyer des beats et mon poto les faisaient enregistrer chez lui sur son 4 pistes…c’était un bon délire. En 98′, on a sorti un 12 inch de chaque artiste, ça a fait un peu de bruit localement, et j’étais content je taffais avec des ricains! En 99′ quand je me suis installé, j’ai produit, enregistré et mixe l’album entier du rappeur, on n’a pu le sorti nul part, mais bon je rentrais dans le biz. Les 18 premiers mois de ma vie new yorkaise se sont avérés être des mois très difficiles, y vivre n’était pas la même chose que d’y passer par coups de 3 semaines ou 1 mois, mon anglais n’était pas mortel ,le style de vie était complètement différent, il fallait s’adapter. Au début je vendais des disques a Patrick de Urban Music, je me débrouillais pour trouver des promos et des indépendants avant qu’ils n’arrivent en France, je me faisais un peu d’oseille avec ca. En 2000, j’ai commence à bosser dans un magasin de disques renommé, qui s’appelle A1. Tous les producteurs de hip hop et certains rappeurs passaient régulièrement, et c’est comme ça que j’ai fais mes premières rencontres importantes. C’est la que j’ai croise KL de Screwball pour la 1ere fois, il venait vendre des mixtapes, on a discuté et je lui ai donne un cd de beats. Il m’a appelé 3 jours après en me disant qu’il souhaitait bosser avec moi, il m’a connecté par la suite avec son cousin Blaq Poet. En 2004, on a sorti un maxi « It’s all good/Right here »feat. Blaq Poet qui a bien marché, on a même eu Marley Marl qui a remixe les 2 titres, de lui même, pour son show radio Future Flavas. Au même moment je voyais pas mal de gens passer au magasin, ça m’a aidé à développer mon petit network, j’étais au courant de certains bis, des plans studios, concerts etc. Étant en quelque sorte dans le cercle, j’ai eu la possibilité de rencontrer Infamous mobb, Smiley the Ghetto Child et bien d’autres par la suite. Show du DITC était un client du magasin depuis son ouverture, on s’est toujours check mais c’est qu’en 2006 qu’on a décidé de travailler ensemble. Il venait de monter son studio dans Headcourterz a cote de la room de Premier (Ils sont très bon potes d’ailleurs!).Il cherchait à monter une équipe de producteurs, je lui ai joué des beats, et de la tout est parti! Ça m’a donné l’opportunité de placer des instrus sur des projets DITC comme le Show & AG Live Hard album, le DITC The Movement et le OC & AG OASIS. Le OC & AG a été un projet particulier, les gars cherchaient une ambiance spéciale et apparemment ils l’ont trouve dans ma musique…ce qui explique mon nombre de productions sur l’album.
Comment est perçue la scène française là-bas ? Et penses-tu que ton « statut » a changé en France depuis que tu as décidé de t’expatrier ?
Les cainris ne calculent pas vraiment la scène française, s’ils n’arrivent pas a comprendre les paroles de la chanson ils vont s’en foutre complètement! Sur, ils savent qu’ils ont la possibilité d’aller en France pour prendre de l’euro, en faisant des featurings et des concerts mais a part ça ils s’en soucient pas réellement. Les américains sont plutôt centrés sur eux-mêmes, ils ne s’intéressent pas vraiment a ce qui se passe en dehors de leurs frontières. Ils ont le 1er marche mondial pour le hip hop…c’est tout ce qui compte! En ce qui concerne mon statut en France, je ne pense pas qu’il ait change à vrai dire. Je reçois de temps en temps, des messages de soutient venant de mes compatriotes mais je pense que la génération d’aujourd’hui, en général, ne connait ni mon nom, ni mon travail d’outre atlantique (ça va peut être changer grâce a cette interview). Je suis pas sur que Infamous mobb et Show & AG aient réalisés en France, des ventes assez importantes pour attirer l’attention, ce qui n’empêche pas que je suis convaincu qu’il y des gars qui kiffent ces groupes et ce genre de son…c’est une vibe différente de 50, de Lil’ Wayne ,de Rhoff ou de Booba.En tout cas ,pour l’instant aucun artiste français ne m’a contacte pour travailler sur quoi que ce soit ,peut être parce mon style ne convient pas ou tout simplement parce que on ne me connait pas encore assez, et ça je le comprends. CE qui est sur, c’est que je vais continuer a représenter la France a travers mon travail.

« Show du DITC [...] venait de monter son studio dans Headcourterz a cote de la room de Premier (Ils sont très bon potes d’ailleurs!). Il cherchait à monter une équipe de producteurs, je lui ai joué des beats, et de la tout est parti! »
Infamous Mobb, Blaq Poet, récemment l’album de OC & AG… comment en es-tu arrivé à bosser avec tout ce monde ?
La base de tout ça est le RESPECT! Si les gars ne te respectent pas, c’est déjà foutu. Ils vont scruter ton caractère et ta musique doit leur parler avant tout. A chaque fois que j’ai rencontré un artiste je suis reste moi même, je n’ai pas essayé d’endosser un personnage. Avec Infamous mobb, on s’est capte pour la 1ere fois dans leur cite, Queensbridge housing project, qui est énorme avec ses 96 immeubles sur 6 pâtés de maison. J’ai pas essaye de squatter avec eux sur le corner pendant les ventes de crack, ça toujours été au niveau de l’artistique et ça été la même avec tous les autres! Moi je suis focus sur le son, le reste, les dramas etc. ca ne m’intéresse pas, je sais rester à ma place et les cainris me respectent aussi pour ça. De nombreux européens dont des français vont te dire « oui, j’ai ce ricain sur mon morceaux, sur mon album, il a trop kiffé mes beats, mon style, il est venu poser direct » en sous entendant qu’il n’a pas été nécessaire de le payer, ce qui est dans 99% des cas du pur mytho! Si le MC a réellement été impressionné, comment se fait-il qu’il n’invite pas tous ces gens, à participer à son prochain album a quelque niveau que ce soit? C’est une bonne question a se poser je crois! Ce que je veux dire c’est que les américains ne vont pas te laisser t’immiscer dans leur cercle s’ils ne t’apprécient pas un minimum! J’ai eu la chance de travailler avec des artistes qui ont su voir quelque chose en moi, ce qui m’a permis de développer des relations à long terme. Prenons Show comme exemple, c’est un type très fermé, il n’a pas de myspace, pas de facebook ni de twitter…il fait très peu d’interviews et préfère ne pas se mettre au devant de la scène, bref c’est pas le genre de gars à t’ouvrir sa porte facilement et pourtant j’ai réussi a bosser avec lui sur plusieurs albums du DITC. Je pense que tout part de ta personnalité, mais la musique doit également les toucher!
Tu bosses sur quel projet en ce moment ?
La normalement, j’ai un album instrumental en collaboration avec Show qui devrait sortir en début d’année, je travaille également sur mon propre album instrumental qui va contenir les instrus de nombreux morceaux que j’ai produit aux states (DITC, Screwball, Infamous mobb etc..) et des inédits…c’est pour un peu rappeler mon parcours au public. AG souhaite qu’on buche sur des trucs qu’il a en vue, un autre OC & AG est en prévision, OC veut se lancer sur son solo et il y a Prospect (ex-Terror Squad), qui devrait sortir son album sur le label de mes gars les Grim Team avec 1 de mes beats. Si tout cela arrive à sortir en 2010, ça sera déjà pas mal. De toutes les façons je préfère la qualité à la quantité!
Qu’est-ce qui tourne dans ton lecteur ces derniers temps ?
En ce moment j’écoute le dernier Clipse, le Raekwon OBCL 2, le OC & AG bien sur, du vieux rap français, toujours du reggae, un peu de soul et du jazz…un peu de tout quoi.
Je te laisse le mot de la fin…
Ne jamais abandonner ses rêves, la vie est trop courte, il ne faut pas lâcher! Moi, quand j’ai commence a produire a Paris, je rêvais de taffer avec des légendes du rap New-yorkais et aujourd’hui grâce a l’acharnement et le boulot, j’en ai accompli une partie! C’est quand même cool pour un petit parisien qui a grandi dans le 13 ème arrondissement.
Peace.
E.Blaze
Une machine de guerre ce E-Blaze, en France il fait Tsn avec ses compères apres NY il enchaine avec les plus gros … non vraiment massif
Merci Diane
Je t’envois un email de suite
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Eric est mon voisin , je vis a new york depuis 10 ans ,J aimerai en savoir plus de Mr,.Blaze, je suis un ami d’enfançe et ça fait très longtemps que je ne l’ai pas entendue raper tout simplement noir…
Mieux vaut qu’on voit ca en privé : ibrahimdjafardjee@yahoo.fr
Au fait très beau parcours Eric, je savais que tu étais partis au etas-unis à un moment donné. Mais j’avoue que j’en suis restée à ton ançien groupe « Tout simplement noir » . Diane
Comment faire, pour se mettre en contact avec eric blaze, je suis une amie d’enfançe et ça fait très longtemps que je le recherche. Merçi
Un tueur ce mec, qu’il continue à nous faire kiffer!!!
Beau parcours ! Faudrait que j’écoute ce qu’il fait…