
18h15! J’errais non loin de la porte de Montreuil, partagé entre l’envie de retrouver mon petit appartement après un après-midi harassant, et celle de profiter un peu encore d’un soleil de mars depuis trop longtemps en arrêt maladie, quand me revint à l’esprit qu’en ce jour, via facebook, une session Hip-hop était annoncée pour 18h au métro Nation. L’heure du rendez-vous dépassée, je décidais malgré tout de me rendre sur place. En marchant rapidement, il me semblait que je pourrais atteindre la Nation pour 18h30. Et s’il s’agissait d’un rendez-vous africain, j’aurais peut-être même le temps de m’arrêter avant prendre un Mc Do.
Je ne savais vraiment pas à quoi ressemblaient les sessions Hip-hop Subway. Les contrôleurs distribuaient-ils des amendes en dansant le smurf? Est ce que les conducteurs de trains lançaient des punchlines pour annoncer les stations? « Ménilmontant! Big up aux gars de la Banane. Fait pas bien chaud pour un mois de mars, mais gardez la pêche en attendant l’été ». Toujours est-il que lorsque j’arrivais sur le quai à Nation au départ de la ligne 2, je n’apercevais aucune trace de Hip-hop. Sans doute avais-je manqué le rendez-vous.
Après avoir échangé rapidement quelques mots avec une vieille connaissance rencontrée par hasard, je remarquais au milieu du quai une bande de jeunes dont certains portaient une casquette. J’en déduisais qu’il s’agissait de rappeurs. La plupart des rappeurs portent une casquette, c’est un fait! Je me rapprochais alors timidement et engageait la conversation avec l’un deux. J’apprenais ainsi à mon grand bonheur que la session Hip-hop n’avait pas encore débuté car certains manquaient encore à l’appel. Six à sept personnes, dont Kid Lucky, le maître de cérémonie, n’allaient pas tarder à arriver. Au final, nous serions une bonne quinzaine.
Aussitôt arrivé, Kid Lucky, le maître de Cérémonie, nous expliqua comment l’idée de lancer des sessions Hip-hop dans le métro de New-York, sa ville natale, lui était venue un jour de l’année 2004, et comment très vite il était parvenu à importer ce concept jusqu’en Europe. « Le Business à tuER le Hip-hop. La notion de plaisir, l’essence même de ce mouvement, est malheureusement trop souvent oubliée de nos jours » nous dit-il d’un ton solennel, peu avant de conclure « Maintenant, nous allons monter dans le prochain train, et que tous ceux qui veulent chanter, danser, rapper, slammer, beatboxer, se lancent sans craintes. NO COMPETITION! Le seul but étant de s’amuser et de prendre du plaisir tous ensemble ».
Sur ma ligne 2, j’ai vu alors Kid Lucky et les autres chanter, beatboxer, danser, freestyler, juste pour le plaisir de faire et de partager. J’ai vu certains types rejoindre notre wagon pour assister à la scène, d’autres juste le temps d’y jeter un oeil, de poser un couplet, et puis redescendre. J’ai vu au fil des stations des regards amusés, surpris, agacés aussi parfois. J’ai vu le Hip-hop sourire aux voyageurs et susciter des réactions contrastées, mais surtout beaucoup de curiosité. J’ai pris tant de plaisir à avancer sur ma ligne ce dimanche qu’au final je n’ai pas vu le temps passer. C’est en apercevant Rome subitement que j’ai compris que la fin était proche.
Terminus! Comme le souhaite la tradition, du train nous sommes descendus. Sur le quai vide de la station Porte Dauphine, les artistes se lancèrent dans une dernière performance pour le plaisir une fois encore. Puis nous nous sommes salués avec le sentiment tous d’avoir contribué de près ou de loin à offrir aux voyageurs de la ligne un spectacle plaisant, un agréable moment de divertissement. Et chacun est reparti. C’était ma première session Hip-hop Subway, la deuxième officiellement organisée dans le réseau ferré parisien. La prochaine session? J’y serai et je vous emmène avec moi si vous le voulez bien.
Jude
sympa le métro chez toi !