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Interviews


13Hor – Interview

Cet article a été rédigé par Stephane | publié le 20 octobre 2010 | 02h45
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Originaire du Congo, 13Hor s’est fait connaître du grand public grâce à son album « Proses d’assassin » sur lequel on retrouve le classique « Lève les bras en l’air ». 2010 est une année importante pour lui. Après avoir collaboré au projet Héritage (projet lancé par Pitcho et visant à créer une compile avec des rappeurs issus de la diaspora congolaise afin de donner leur avis sur les 50 ans d’indépendance du Congo), il a sorti début octobre « Cris du cœur », son troisième opus. On en a profité pour rencontrer le MC bruxellois qui nous explique le concept de son album et surtout son évolution personnelle depuis cinq ans.

Peux-tu retracer ton parcours? De la danse à « Cris du coeur » en passant par « Des comptes à régler » et « Prose d’assassin ».

La danse est ma base dans la culture hip hop. J’ai pratiqué le popping et l’electric boogaloo pendant toute mon enfance. Ensuite je me suis mis au rap. Mon premier album « Des Comptes à Régler », était lié à mon vécu de l’époque aussi bien personel qu’artistique, donc clairement orienté gangsta rap et egotrip. Sur cet album, c’est moi qui réalisais toutes les instrus. Le second album « Prose d’assassin », sorti en 2007,  marque une évolution au niveau de la réalisation d’un projet. Par exemple, j’ai ouvert les portes à d’autres beatmakers. Même si cela restait encore assez dispersé, j’aime beaucoup cet album. Avec « Cris du Cœur », c’est encore plus professionnel. Depuis mon premier album, j’ai grandi et vécu plein d’expériences, rencontré d’autres gens, etc. Globalement, je me suis beaucoup ouvert. Ça se ressent dans l’album qui est beaucoup plus mur lyricalement et musicalement. Les thèmes sont plus universels, ils réunissent plus de gens qu’à l’époque.

Tu reviens en 2010 avec « Cris du coeur ». Peux-tu expliquer le concept de cet album? Peux-tu aussi parler du graphisme par Koda?

« Cris du cœur », c’est le regard d’un gars de quartier, qui, d’abord tourné vers la rue, s’élargit pour devenir une vision globale de la planète et de ses cris. Les thèmes sont assez profonds et engagés. Ça part des mecs qui ont beaucoup de problèmes socialement et doivent se relever et affronter les épreuves de la vie avec leur passé (Larges Épaules), aux femmes dans la société actuelle en général (Class Women), en passant par mes origines congolaises (La même vie, 1960 Gravé dans vos cœurs, L’homme est un loup pour l’homme) ou mes déceptions sentimentales (Les Potes, First Love). Parmi les nombreux sentiments qui ressortent de l’album, il y a surtout un secret désir de changer le monde, un parfum de révolution. Dans le livret ou dans les clips, Koda du collectif North Siderz met littéralement en image ces propos.

Au niveau des prods, on retrouve notamment Soulplayer et One Shot. Mais la grande nouveauté, c’est d’avoir enregistré des morceaux avec un live band. Comment est née cette idée et qu’apporte le band sur cet album?

L’idée est venue assez naturellement. Il y a beaucoup de musiciens qui tournent autour du Same-Same studio, où a été produit l’album. C’est donc quelque chose qu’on a toujours voulu faire. Mais le temps a eu raison de nous faire attendre (rires).  Je pense que l’acoustique demande plus de profondeur dans les écrits. En retour, il renforce l’émotion au niveau musical.

Que peut-on retrouver comme thèmes sur l’album? Il semble beaucoup plus personnel que les deux précédents. Qu’est-ce qui a changé depuis pour que tu évolues sur ces nouveaux thèmes? (je pense à class women notamment).

Le grand changement c’est la vie, l ‘évolution personnelle. Je n’ai pas 100 ans, mais mon premier album date de 2005 et en 5 ans j ai vécu énormément de choses, bonnes ou mauvaises. Aujourd’hui, je suis père de famille. J’ai une responsabilité et je ne peux plus me permettre de parler de choses futiles. Je pense au jour où mon enfant sera grand et où je ne serai plus là. Et je constate qu’il y a des choses dans ce système qui ne vont pas. Je ne vais pas changer le monde, mais j’ai quand-même envie de mettre ma pierre à l’édifice.

Un morceau très fort, c’est « 1960… ». Peux-tu nous expliquer ce que tu as voulu faire par rapport à ce morceau? L’envie de le faire t’est-elle venue avant ou après avoir collaboré à la compilation Héritage?

Sur ce titre, je rappe le discours énoncé par Lumumba lors de la proclamation de l’Indépendance du Congo, sans en changer une virgule. L’envie m’est venue il y a à peu près deux ans, bien avant de participer à la compilation Héritage. J’ai remarqué que peu de jeunes connaissaient ce texte, même ceux d’origine congolaise. Or, comme on dit: « impossible de pousser sans connaitre ses racines ». L’idée du morceau, c’est que les jeunes puissent apprendre ce texte par cœur, autrement qu’en l’étudiant à l’école ou qu’en allant se documenter, mais par pur kif.  J’ai voulu transmettre un message important : on pardonne mais on n’oublie pas. Il ne faut absolument pas oublier ce qui s’est passé. Et il ne faut pas oublier ce texte car il a une puissance et une âme. Mis a part Lumumba, l’Afrique a d’autres héros dont on ne parle pas beaucoup. Cette chanson est un grain de sable au combat titanesque que l’entièreté de l’Afrique devrait livrer… Un jour peut-être !

L’avenir, tu l’envisages comment? Penses-tu pouvoir commencer à vivre uniquement de la musique dans un futur plus ou moins proche?

Je n’y pense même pas (rires). Ma vie me suffit amplement et je pense que les gens de ma génération dans le rap ainsi que les plus anciens pensent pareil. Sinon ca ferait longtemps qu’on ne rapperait plus! La Belgique dans le rap francophone est un pays où l’on pratique un rap de puristes.


La médiatisation du rap en Belgique est un gros problème (pas de diffusion en radio nationale ou en tv). Mais ne penses-tu pas également que le public belge manque d’un complexe d’infériorité par rapport à nos artistes? On a l’impression que les gens préfèrent acheter du rap français sous prétexte que ça passe en radio et donc que ça a plus de poids.

C’est vrai, mais ces dernier temps ça change… Les gens veulent de la qualité je pense. De plus en plus, on voit des jeunes fiers du rap belge. il n’est d’ailleurs plus très rare de croiser des petits avec du rap belge dans le mp3… Alors qu’il y a dix ans…

Peux-tu nous donner une expression qui te correspond bien et que tu aimes ressortir?

Je préfère donner celle qu’on a inventée avec mes frères de North Siderz… C’EST PARCE QU’ON EST CARRE QUE LES CHOSES TOURNENT ROND !!!

Un message pour les lecteurs de B2D?

Le rap francais c est bien, le rap belge c est mieux (rires) !



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