
Prêtant volontiers une oreille voire deux à tout artiste émergent (ou pas), la chronique qui suit relate l’effort artistique de cet animal si particulier la Martes Foina des villes alias La Fouine alias (encore) Laouni, rappeur de son état.
Il y a des phénomènes rares qui traversent les siècles. Les enfants sauvages en font partie. Certains plus que d’autres, ont réussi à s’intégrer pleinement dans le monde d’aujourd’hui, parvenant même à embrasser des carrières musicales. La Fouine est de ceux-là. Puisque La Fouine ou Laouni nous sort son double album schizophrénique, il est nécessaire de rebaptiser le présent sujet, appelons-le ici François. Trop fait que peu ne peut. Voilà une phrase qui pourrait nous bloquer dans notre critique. Néanmoins la belle au bonnet phrygien nous a donné le droit de critiquer.
François souffre d’une pathologie complexe. Il accumule un fanatisme extrême, associé à l’utilisation d’un langage cru et d’une capacité étonnante de formuler des phrases sans queue ni tête. Saupoudrez le tout d’un peu de schizophrénie et on y est.
Commençons par l’aspect de l’écriture. Première phrase étudiée : « pute suce moi direct je suis circoncis ». Qu’est-ce que François essaie de nous dire ? Le sait-il lui-même ? La logique est-elle présente dans ce premier titre Fouiny Gamos ? Il semblerait que non, là s’exprime l’une de ses pathologies. Il est certainement très fan des rappeurs étatsuniens Rick Ross et Lil’ Wayne pour reprendre leurs phrasés et gimmicks. Ce fanatisme d’un niveau très élevé met aussi en lumière un certain manque de qualité d’écriture. Certes je n’en suis pas exempt non plus, d’où ma non-carrière dans le monde du rap.
Il semblerait que pour l’aspect textuel, François ait choisi la même stratégie que ses idoles. Quelle est-elle ? Celle utilisée par beaucoup. Servir ce que le public de masse attend. L’adolescent lambda, est la cible préférentielle du rappeur. En rupture avec le monde de l’enfance et pas tout à fait adulte, celui-ci cherche à se créer son microcosme. Dans celui-ci, il pourra se laisser à ses envies les plus salaces, les plus barrées, les plus secrètes.
François a parfaitement compris cela. Étudions une autre de ses phrases :
« Sur la lune j’y étais, sur la lune j’y étais, ils ont fait du bruit en se posant, j’ai du reposer mon couplet » – Bafana Bafana remix
On ne peut enlever à François une certaine intelligence de situation. Tous les ingrédients sont présents pour plaire à l’ado lambda que nous avons décrit plus haut. En effet, Bafana Bafana est évidemment un hommage à la Coupe du monde de football 2010, l’ado est friand de cela. Mandela doit, j’en suis sûr, être ravi. François a aussi parfaitement assimilé la répétition, notez ici : « sur la lune j’y étais, sur la lune j’y étais » qui est tellement plaisante dans la langue de Molière. Pour ce qui est du reste de la phrase cela ressemble plus à une exécution de l’organe gustatif.
Sans doute par mégarde ou par aveux inconscient, François l’avoue presque lui-même :
« je ne fais pas du rap français, mais du rap en français » (toujours) Bafana Bafana Remix,
Gageons là qu’il ne réussit que très superficiellement son entreprise. L’idiome utilisé est certes le Français, mais pour le reste…
Pour résumer cette première partie, on peut dire que la méthode de rimes de François est simple, faire des rimes excitantes pour la tranche des moins de 25 ans, avec un vocabulaire des plus puéril. Je vous en fais la démonstration :
« moi je mange du yahourt, toi tu s**** les pots de ma team, yeah » est une phrase à inscrire totalement dans ce processus. N’oublions pas de trouver un titre, « Danone sale music » est adéquat, « sale music » évoque complètement le coté excitant et salace et « Danone » reprend le champ lexical des produits laitiers. Parfait! Hélas je n’ai pas le talent d’orateur de François, j’en reste donc seulement à ma démonstration.
Néanmoins, nuançons, nos propos. Bien que François copie, parfois à l’extrême ses idoles, il ne le fait pas sans une once de talent. Lui rappe, pas moi. Le scientifique est narcissique. De plus, bien que cela peut sembler être du pur cliché, le bonhomme profite du verso de son album pour proférer des rimes à exclure, en partie de l’analyse précédente. Il lui arrive parfois même d’être touchant, voire de tomber dans le niais mielleux, mais encore une fois, il sert sa cible adolescente. Rendons à François ce qui lui revient. Il bénéficie de productions assez solides. Évidemment, on pourrait en faire le même éloge, pour autant maintenir un certain niveau, si peu original certes mais de qualité est à souligner dans le paysage français.
Pour finir et pour décrire au mieux cet album, je vais citer François dans ses œuvres :
« j’ai volé ton album il n’en valait pas la peine » (cf. Laisse les parler)
Francois est un bon français…
bien vu! une bonne baffe pour françois
ah ba merci ca fait plaisir !
Bravo. Depuis le temps que j’attendais des critiques courageuses. I support U. Si tu poursuis, tu devrais avoir pas mal de taff.
krr krr kr