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Joey Starr – Egomaniac

Cet article a été rédigé par Max Nabis | publié le 28 octobre 2011 | 00h09
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L’album Egomaniac de Joey Starr s’ouvre sur un extrait de journal télévisé ou radiophonique concernant les problèmes judiciaires de « L’enfant terrible du rap français ».
En parallèle, le jour de sortie de l’album est très médiatisé puisque cet automne 2011 est aussi marqué par la sortie du film de Maïwenn : Polisse dans lequel il campe un des rôles principaux. Dans son album, il semble jouer le rôle de sa vie. Joey Starr est un véritable acteur qui endossent plusieurs rôles.

Sur les planches comme un acteur de théâtre. Sur scène comme un drogué de la foule. Dans Jour de Sortie, il n’a qu’une envie à sa sortie de prison c’est de reconquérir la scène et de distribuer des baffles musicales. Les rythmes de l’album sont souvent inspirés des percussions africaines qui appellent à un culte de la musique et de la spiritualité par la danse. C’est du show off à la Jaguar Gorgone qui lance des cris et balance des gimmicks de raggaman comme en concert ! Le monstre de scène est Affamé (la chanson contient d’ailleurs une imitation du A milli de Lil’ Wayne) il est chaud et ça se sent. Une ambiance de jungle par les rythmes, les cris font monter le thermomètre et nous font entrer dans une sorte de Jungle Fever.
Même la chanson On te voit est construite comme une chanson de dancehall. Bizarrement, les sons sont inspirés de la southside américaine. La chanson contient même des samples du fameux « What » de Lil John. Pourtant le thème du son est ancré dans le paysage médiatique et politique français. Elle est un clin d’œil au fait divers datant de février 2008. Une amende de 100 euros avait été requise contre un homme qui avait crié « Sarkozy, je te vois » à des policiers effectuant un contrôle de police à Marseille.

Un personnage à plusieurs facettes. Un visage de gosse sur l’album n’est pas innocent. Il laisse présager une sorte de nostalgie de la part de l’artiste égomaniaque. On est loin du masque de l’égo car les visages sont nombreux et très variés.
Dès l’introduction de son album, Joey Starr lance un « Range, remballe tes couplets pré-pubères potaches » comme s’il voulait se démarquer de l’actualité des prods hip hop qui envahissent les ondes des radios et les écrans des chaînes de télévision. Il rajoute même la mention « -16″, interdit aux moins de seize ans sur la pochette de son album. A 44 ans, l’artiste ne se voit pas être cantonné à un rappeur pour collégiens. Pourtant que dire de complexe qui utilise les recettes les plus bankable du rap français. Le titre n’apporte rien de nouveau et contient même un refrain chanté et filtré par vocoder.
Aux antipodes de ce passage pour collégiens, on trouve des chansons qui semblent viser un tout autre public. Nicoletta, réelle icône de la ménagère cinquantenaire est samplée puis invitée sur le titre Mamy. La chanson est bien produite mais elle est complètement vide. Joey Starr avait déjà fait l’expérience avec Le métèque de Georges Moustaki. On se demande si ce n’est pas une technique commercial. La Fouine l’avait compris en pondant un album à deux faces : La fouine Vs Laouni. Un cd pour les 10-16 ans et le deuxième pour la mère de ces enfants là. L’idée c’est d’atteindre ces deux tranches d’âges là qui sont deux publics très important pour l’industrie du disque. On est pas dans un schéma digne d’un artiste comme La Fouine mais je pense qu’on en est pas loin malheureusement.

L’homme militant.
Album aussi politisé qu’une discussion de bistrot. L’interlude d’Olivier Besancenot est sûrement pleine de bonnes intentions mais elle est complètement ridicule. C’est l’appel du 18 juin mis au goût du jour qui fait basculer l’album dans un nouveau genre (décidément ça fait beaucoup). Cependant, passons sur cet interlude de trop et concentrons nous sur les propos de Joey Starr. On s’aperçoit que l’artiste sait trouver sa place, il sait qu’il n’est plus une figure emblématique du rap à contre courant et de leader insurgé pour toute la génération des années 90 (la mienne).

Je joue mon rôle sans faire semblant de découvrir la lune,
même si comme activiste j’fais figure de poids plume.

Le rôle de Joey Starr. En featuring avec Oxmo Puccino, Mon rôle est sans doute la meilleure chanson de l’album. L’authenticité transpire des chuchotements et des chants du Jaguar et transperce les boomers. Envoutante et poétique, elle reste la chanson à retenir. Chacun sa vie, chacun son rôle.
Le cinéma s’infiltre dans l’album à l’image des cris qui introduisent la chanson Champagne. Les chœurs de guerriers rappellent ceux des soldats dans le film 300 de Zach Snyder. Dans le son « Hip Hop » on entend constamment, comme une sorte de leitmotiv, le cri de Tarzan.
Album cinématographique pour un rappeur qui oscille donc entre plusieurs rôles. Je ne conseille pas l’album aux nostalgiques du Nique ta mère (je leur conseille plutôt de chopper le dvd live) ni à ceux qui s’attendent à trouver une autobiographie sonore de l’artiste ou un retour sur ces vingt ans de carrière (c’était mon cas).

Bonne écoute !



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