
crédit photo : Eye N Eye
Rencontre avec le beatmaker Tismé pour « Mimétisme », par Pledge.
En cet automne 2011, je suis allé à la rencontre de Tismé, artiste pluridisciplinaire et vainqueur du beatmaker contest 2011. Le destin a orchestré notre échange de manière propice, c’est-à-dire à l’aube de la sortie d’un projet qui compte particulièrement pour Tismé. En fait, il ne s’agit pas « d’un » projet mais du premier réel aboutissement de son travail. Cette concrétisation porte un nom : « Mimétisme » !
J’ai eu la chance de voyager à travers les 11 titres qui en constituent l’âme. J’en suis revenu, comme après une marche en solitaire, au sein des artères d’un quartier populaire et animé d’une ville dynamique. Voilà comment je décrirais cet EP. Les samples, nappes, qui habillent ses compositions, évoquent une promenade agrémentée d’odeurs qui s’échappent de petits commerces aux couleurs du monde.
Il est difficile de rester neutre pendant l’écoute de « Mimétisme ». Une énergie tribale, brute m’a envahit au point de me donner l’envie de danser. La musique de Tismé peut-être vécue comme un appel à l’expression corporelle. Ce ressenti provient, entre autres, de la chaleur de ses beats, parfois soutenu ou alterné par du beatboxing, autre corde à l’arc de Tismé. Ajoutons-y quelques beaux accords soul-jazzy, des charley agréablement décalé, une basse groovy..
N’hésitez à inviter vos oreilles et vos sens au Groove, à la fois entraînant et lourd comme on l’aime, de « Mimétisme », dont la sortie est prévue le 5 DECEMBRE 2011 !!!
Qu’est ce qui t’a conduit un jour à faire de la musique ?
J’ai l’impression d’en avoir toujours fait, mes parents me faisaient écouter de la musique alors que j’étais encore dans le ventre de ma mère. Mon père est bassiste et ma mère chante depuis longtemps… Je pense qu’en grandissant j’ai développé une curiosité et une attirance particulière envers la musique, qu’elle comporte des paroles ou pas. J’ai d’abord pris des cours de basse, puis de batterie et de clavier, mais jamais longtemps, car le côté un peu scolaire me gênait. Puis vers 15 ans j’ai composé mon premier beat, sur la première version d’Hip Hop Ejay… Je suis ensuite passé sur Music Maker vers 16 ans, et j’ai suivi les conseils, sur le beatmaking, d’un ami, Fabrice, lorsque j’habitais près de Vaison la Romaine. Vers 18 ans, je faisais mes premiers pas sur Reason.
Quel est ton parcours dans ce milieu ?
J’ai travaillé et travaille toujours avec des MC (Daz-ini, Blade, Yo.K, Ottelo, Dee Fly, Wafande, Leslie Black, Afroriginal MC, Vicelow, D’ de Kabale, Dandyguel Blackphéno, Blackk Shadow…), beaucoup avec des danseurs ces derniers temps (Wanted Posse, Yudat, H4L, Serial Stepperz, Meech, Kaynix, Youssef Tajani). A côté du beatmaking, je rappe, chante et fais du beat-box. J’ai donc la chance d’avoir un peu d’expérience sur scène, que ça soit avec le frère Ottelo, avec qui on dansait et rappait il y a 6-7 ans, avec un live band en 2008 (Les Live Bandits), ou ces derniers temps, seul avec mon ordi. Je crois qu’au final cette dernière est la formule scénique que je préfère car c’est celle où je me sens le plus libre.
Je crois que tu évolues de façon indépendante, est-ce un choix ?
Oui et non, je choisis de faire la musique que j’aime plutôt qu’une musique formatée… Je pense que ce choix force souvent à passer par la case indépendant. Le chemin est plus long pour concrétiser des projets solides et on est obligé de se débrouiller et de faire plus que « le travail de l’artiste ». Moi ça ne me gêne pas dans le sens où je sais précisément ce que je veux. J’ai donc du mal à faire confiance et à déléguer… Même si je ne gère pas toujours les choses comme il le faudrait, j’essaye de le faire au maximum, et de toute façon je pense qu’il n’y a plus vraiment de règles aujourd’hui…
Y-a t-il des moments, des ambiances, que tu privilégies pour composer?
Non, justement, pour moi ça n’est pas comme l’écriture par exemple. Je suis plutôt du matin en ce qui concerne l’écriture, mais j’aime composer n’importe quand et n’importe où, si j’ai le matériel…
Procèdes-tu toujours de la même façon pour composer ?
Non, au contraire, j’aime varier pour préserver l’inspiration et l’originalité. Je pars souvent d’une rythmique, au Beat-box, où dans Reason le plus souvent, parfois aussi d’un sample (enregistré sur mon téléphone, venant d’un vinyle ou autre) ou d’une mélodie… Je ne me fixe pas de règles.
Reviens-tu plusieurs fois sur une composition ?
Oui, pour moi c’est indispensable pour prendre du recul, avoir une oreille neuve et un réel avis sur un morceau. Souvent je travaille une ébauche, et si cette ébauche me plait quelques heures ou jours plus tard, je travaille sur son arrangement et son aboutissement. Il m’arrive parfois de laisser l’ébauche telle quelle pendant des mois, jusqu’à ce que le son soit sélectionné pour un projet ou autre, et que ça me donne une direction pour avancer et terminer le morceau.
Où puises-tu ton inspiration ?
Je pars du principe que l’inspiration peut venir de partout. Je ne laisse jamais passer les idées qui me viennent.
A propos des artistes qui m’ont inspiré, il y en a beaucoup, ceux auxquels je pense, là, sont Michael Jackson, Jay Dee, Q-Tip, Busta Rhymes, Moka Only, D’angelo, Flying Lotus, Flako, Simo… J’aime aussi découvrir et faire découvrir des nouveaux sons et artistes…
Au regard de ta carrière, comment placerais-tu « Mimétisme » ?
Pour moi c’est la première pierre à l’édifice, mon projet solo le plus abouti. Je me sens avant tout comme un artiste Hip Hop, mais la discipline qui m’a fait entrer dans ce mouvement est le beatmaking. Je suis un passionné de la création, de la recherche et de l’alchimie des sons. Ce projet est donc le fruit de mon travail depuis une dizaine d’année et la concrétisation de ma « patte de Beatmaker ». Depuis le début je ne cherche pas à être dans une mouvance ou ressembler à qui que ce soit, je veux faire une musique qui me ressemble le plus possible, sans que l’influence de quiconque prenne le pas sur mes idées et envies artistiques.
Parles-nous de « Mimétisme »…
Le titre du projet fait référence, à notre assimilation (en tant que beatmakers) et notre capacité à reproduire, de manière consciente ou inconsciente, des choses que nous avons entendu chez les artistes qui nous ont inspiré. Il y a comme une sorte de passation, de transmission. Je voulais aussi, par la pochette, faire référence à ce qui est pour moi la première étape dans la vie artistique d’un Beatmaker: l’isolement. Une notion du temps différente et le plaisir que procure le fait de redécouvrir quelque chose qu’on a crée. On dit souvent que les beatmakers semblent renfermés… Pour revenir au projet, les 11 titres qu’il contient ont été composés entre 2008 et 2011, j’ai juste retravaillé l’arrangement de certains.
Je suis heureux d’avoir la participation d’un de mes deux petits frères, Gustave Reichert à la guitare et de Nicolas Baudino, un ami, au saxophone sur le titre « Dialogue ».
Pour finir, Jules Bonneville s’est occupé du mixage et du mastering, je voulais le citer car je trouve qu’il a fait un gros travail…
A quoi associerais-tu la musique ?
A la vie, et vice versa. Dans ma vie personnelle, rien n’a plus de valeur, à part ma famille proche.
Comment qualifierais-tu ta musique ?
Je suis plutôt quelqu’un de réservé et je pense que tout ce que je n’exprime pas et garde en moi ressort dans ma musique. Je la qualifierai comme le moyen d’expression que je préfère. J’ai toujours du mal à mettre des mots sur ma musique, je pense que le mieux est de l’écouter…
Y-a t-il une machine dont tu ne disposes pas et qui t’attires ?
Non pas vraiment, pour moi l’essentiel n’est pas dans le matériel du Beatmaker qui n’est qu’un moyen. Je suis sur reason/cubase, clavier midi depuis 8 ans environ. Je joue parfois mes basses sur une vraie basse, j’utilise parfois la MPD que Yo.k (Big Up!) m’a prêté mais sinon ma config ne bouge pas trop…
Tu sembles être bien intégré à l’époque du numérique, d’internet…As-tu quelques regrets à formuler au sujet de l’évolution de la création et de la consommation musicale ?
Bien sûr, je pense qu’on perd la valeur des choses, à force de vouloir et d’avoir tout, tout de suite avec internet. La sensation d’avoir entendu un titre et de devoir attendre qu’il repasse à la radio, ou d’en parler à un vendeur pour le trouver et l’acheter n’existe plus. Les projets ont une durée de vie très courte tellement il y en a, et tellement on y a accès rapidement… Il y a des bons et des mauvais cotés. Mais ce ne sont pas vraiment des regrets, je fais avec mon temps, ça ne sert à rien et ne fait pas avancer les choses de se plaindre à ce propos.
Y-aura t-il une suite pour toi au « beatmaker contest » ?
Oui le 18 décembre à Colombes, j’ai hâte. J’ai été voir la finale Grand nord à Roubaix le 12 novembre car J.Kid, un ami, y était Jury. Machinist l’a emporté contre Sizemen et il participera aussi à la finale du 18 décembre avec des gens comme Stanza ou Lartizan, ça va être très chaud!!!!
Tu évolues sur plusieurs tableaux…Pour les gens qui ne connaissent pas « les sessions d’Abraham », par exemple, je t’invite à présenter ce concept…
C’est très simple, c’est un lieu petit et simple dans lequel je joue et interprète mes morceaux et où j’invite des artistes que j’apprécie vraiment (Mc, beatmakers, Beat-boxers). Ça se passe à Mondial’o (24 bd de la Bastille) tous les premiers jeudis et vendredi du mois, il y a aussi une exposition par Session… La session 11 aura lieu les 1er et 2 décembre. Je donne également un atelier d’initiation au Human Beat-box par le biais de la Factory Afropéene (http://lafactoryafropeenne.fr/), tous les lundis de 19h30 à 21h30, toujours à Mondial’o. Pour revenir au début de ta question, oui j’évolue sur plusieurs tableaux, j’en ai besoin, ça fait partie de mon approche de la musique et de la création.
Quelle est ta formule pour le live ?
En ce moment, mon ordi et moi…
1 mot sur Dream Big…
C’est notre rencontre humaine et artistique avec Daz-ini qui nous a conduit vers cet album, que nous travaillons depuis presque 2 ans. C’est lui qui a eu l’initiative et j’en profite pour le remercier car c’est le projet le plus abouti sur lequel j’ai eu la chance de travailler. J’y crois beaucoup, nous y avons consacré beaucoup de temps et d’énergie et continuerons à le faire jusqu’à ce qu’il soit terminé… La sortie est prévue pour début 2012.
Quels aspects de ta diffusion comptes-tu développer ?
La vidéo, j’ai été très patient sur ce point parce que je ne voulais pas me presser et faire n’importe quoi…
Quel instrument musical te touche le plus ?
La batterie. Bien que j’aime les belles mélodies, je suis un passionné de tout ce qui est rythmique. J’ai testé plusieurs instruments, petit, et la batterie est le premier instrument qui m’ait vraiment captivé. J’ai arrêté assez vite mais j’ai continué à développer mon « imagination rythmique » grâce au Beat-box. Je rejoue de la batterie depuis cet été…
Ton meilleur concert ?
Q-tip à l’Elysée Montmartre, (je suis aussi très content d’avoir vu Moka Only, qui passait pour la première fois à la Bellevilloise le 13 novembre) et de mon côté j’ai eu ma meilleure sensation sur scène à l’Olympia pour la finale du prix Pierre Delanoé en 2008. Je n’ai joué qu’un morceau et je n’ai pas gagné le concours mais jouer dans cette salle a été vraiment impressionnant.
Le featuring dont tu rêves ?
Busta ET Q-tip
Ton avenir ?
J’aimerai que Mimétisme soit le premier volet d’une trilogie. J’espère pouvoir aller au bout de mon idée, ça dépendra de l’accueil qui sera fait au projet. Après ça, en ce qui concerne ma carrière solo, j’attaquerai mon premier album en tant que MC… Sinon il y a beaucoup de collaborations à venir dont les principales sont Dream Big (avec Daz-ini donc) et UNNO, un trio dans lequel je suis batteur (ils sont passés en live à l’émission TV Taratata le vendredi 18 novembre). Je serai également sur Scène avec ma mère et mes frères, comme cet été à Avignon, les 13 et 14 décembre au divan du monde, pour le spectacle Groove 2. Une tournée est en préparation pour l’été 2012.